Rubans antisémites et nouvelle polémique en vue au prochain carnaval d'Alost

Rubans antisémites et nouvelle polémique en vue au prochain carnaval d’Alost
Rubans antisémites et nouvelle polémique en vue au prochain carnaval d’Alost - © Tous droits réservés

L’Unesco et les caricatures juives seront-elles au coeur du prochain carnaval d’Alost? Tout porte à le croire, d’après de récentes informations sur le sujet.

On s’en souvient encore, en mars dernier, le célèbre carnaval satirique d’Alost avait fait polémique chez nous, mais aussi à l’étranger, après avoir laissé défiler un char portant des représentations caricaturales de juifs orthodoxes. Le passage de ce char jugé antisémite avait été fortement condamné par les organisations juives et par la Commission européenne. L’Unesco, aussi, avait réagi en menaçant de retirer le carnaval d’Alost de la liste du patrimoine de l’humanité. Le mois dernier, le bourgmestre N-VA de la ville, Christophe D’Haese et l’échevin Open VLD Jean-Jacques De Gucht s’étaient ainsi rendus à Paris pour défendre l’évènement au quartier général de l’Unesco devant un comité d’évaluation.

Rubans antisémites

L’indignation ne semble finalement pas avoir eu un réel impact sur les participants du carnaval, puisqu’apparemment, certains d’entre eux prévoient de remettre le couvert. 

Les nouveaux chars sont actuellement en pleine préparation, et si d’après le bourgmestre, les thèmes officiels ne sont pas encore connus, certains participants ont fait savoir que l’Unesco et les juifs seraient dans leur viseur en 2020. L’un d’entre eux a d’ailleurs déjà confectionné 150 petits rubans. Ces rectangles de tissu illustrés de dessins et de slogan sont une tradition du carnaval et sont collectionnés par les plus fervents amateurs. Sur ces 150 nouveaux rubans, on voit des caricatures de juifs aux dents d’or et au nez crochus. Les slogans diffèrent, allant de "Alost est à nous", à "Nous rions de tout le monde" ou encore "L’Unesco, quelle farce!". 

D’après le créateur de ces petites décorations, la polémique de l’an dernier est absurde. Kris Vonck estime que le groupe concerné voulait juste faire savoir qu’il allait prendre une année sabbatique, d’où, selon lui, le raccourci vers le shabbat juif. Dans le journal Het Nieuwsblad, il prévient : "Ne nous tapez pas sur les doigts, car on s’attaque alors deux fois plus à vous". Dans Het Laatste Nieuws, il ajoute que l’une des caricatures qui figurent sur les rubans représente un musulman, accompagné du slogan "Ils ont déjà rigolé de nous aussi". 

Indignation

Pour le porte-parole du Forum des organisations juives, Hans Knoop, la circulation de ces nouvelles images stéréotypées est une pure provocation motivée par de mauvaises intentions. Si la controverse de l’an dernier pouvait, selon lui, être éventuellement expliquée par un manque de conscience historique ou d’empathie, il estime que revenir aujourd’hui avec des caricatures qui font penser à celles des nazis des années 30 c’est de l’antisémitisme authentique, ou alors de la stupidité. 

Pas de censure prévue

Alors que le bourgmestre d’Alost a dû défendre son carnaval auprès de l’Unesco, Christophe D’Haese a admis que la diffusion de ces rubans n’arrive pas au bon moment et qu’il est difficile d’éclairer l’Unesco sur ces satires en ces temps où l’antisémitisme gagne du terrain en Europe. Le mayeur garde cependant la même position que celle prise depuis le début de la polémique en défendant la liberté d’expression. Il a ainsi fait savoir qu’il n’imposera aucune censure même si, selon lui, il y a aujourd’hui quelques sensibilités qu’il vaudrait mieux prendre en compte. 

Selon Christophe D’Haese, la circulation des rubans n’aura pas d’influence sur le jugement de l’Unesco, car il s’agit de l’oeuvre d’un seul individu. Concrètement, la perte du statut de patrimoine de l’humanité est avant tout symbolique et n’aura pas de conséquences financières pour l’évènement. La décision de l’Unesco est attendue pour le 9 décembre. Mais on l’aura compris, quel que soit le résultat, rien n’empêchera les participants du carnaval d’Alost de se moquer de ce dont ils ont envie. 

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