"Revu et vérifié": Mischaël Modrikamen dans "Mise au Point"

"Revu et vérifié": Mischaël Modrikamen dans "Mise au Point"
"Revu et vérifié": Mischaël Modrikamen dans "Mise au Point" - © Tous droits réservés

"Revu et vérifié" revient sur une déclaration, un chiffre, une polémique. Cette semaine, nous nous intéressons aux chiffres livrés dans "Mise au Point" par Mischaël Modrikamen, le président du PP (Parti populaire).

La semaine dernière, le débat fut très agité sur le plateau de "Mise au Point". Beaucoup de cris, et deux affirmations de Mischaël Modrikamen.

"La réalité d'une bonne partie de la violence, notamment à Bruxelles, est effectivement d'origine étrangère. La réalité des chiffres, si vous regardez … [coupé par Jean-Claude Defossé] (...) Mais 80% dans les prisons."

Concernant le premier propos, "la réalité d’une bonne partie de la violence, notamment à Bruxelles, est effectivement d’origine étrangère", on peut se demander sur quoi se base le président du Parti populaire*. Car les chiffres officiels ne disent strictement rien de l’origine ethnique des auteurs de violence. Les chiffres de la criminalité sont disponibles très facilement (on les a déjà évoqués ici ou encore ), et il n’y a aucune donnée concernant l’origine ethnique de la violence.

Un comité de surveillance statistique

Il y a une raison à cela : les statistiques sur base ethnique, ou base raciale, ne sont pas permises par la loi. En tout cas en Belgique, comme dans la plupart des pays européens. En France, d’ailleurs, il est carrément question de retirer de la Constitution le terme "race". Alors qu’aux Etats-Unis, par exemple, on parle sans problème de "blanc", de "Noir", d'"Asiatique", d’"Indien", ou encore d'"Hispanique". Les très officiels recensements américains demandent aux habitants des Etats-Unis de se définir selon leur "race".

En Belgique, ce n’est donc pas le cas. La Commission pour la Vie privée y veille. Néanmoins, des études avec des critères ethniques sont possibles si elles sont acceptées par un organisme très spécifique : le Comité de surveillance statistique.

Des nationalités, pas d’origine pour les détenus

Mischaël Modrikamen parle de 80% de personnes d’origine étrangère dans les prisons belges. Comme pour la criminalité, il n’y a pas d’étude sur l’origine ethnique. Mais ce qui existe, par contre, ce sont les données concernant le nombre de ressortissants étrangers détenus dans les prisons belges. Ces chiffres émanent du rapport de l'activité de l’administration pénitentiaire 2011 (le document plus récent), disponible chaque année, en juin. Ce rapport est très précis : on y apprend que 120 nationalités sont représentées dans nos prisons. Et que 44,2% de détenus sont ressortissants d’un pays étranger.

Bien entendu, ce chiffre ne tient pas compte des détenus belges d’origine étrangère, vu qu’ils sont de nationalité belge. Mais aucun chiffre n’existe sur les origines de ces Belges. Les 80% évoqués par Mischaël Modrikamen ne reposent donc sur rien de sérieux.

Immigration et... émigration

Plus tard dans le débat, Mischaël Modrikamen affirmera ceci : "Un million de personnes sont entrées les 5/7 dernières années en Belgique". A première vue, cette affirmation est vraie. Mais à première vue, seulement. Si on prend les chiffres d’entrées dans le territoire belge entre 2005 et 2011 (7 ans, donc), des chiffres d’Eurostat, on arrive à environ 1 000 000 de personnes qui sont entrées en Belgique. Environ, car il n’y a pas de chiffres pour l’année 2009. Les autres années oscillent entre 131 000 et 165 000 personnes qui arrivent annuellement en Belgique. Mais ce que ne dit pas Mischaël Modrikamen, c’est que si des gens entrent sur notre territoire, d’autres le quittent. Là aussi, Eurostat nous offre des chiffres précis. Et sur la même période 2005-2011, on arrive à un chiffre d’environ 550 000 personnes qui ont émigré, qui ont donc quitté notre pays. Notons que le calcul du solde migratoire net n’est pas aussi simple. La problématique des réfugiés par exemple, qui ne sont pas pris en compte dans les flux migratoires, biaise quelque peu le calcul du solde migratoire net. Mais avec environ 450 000 personnes arrivées en Belgique, selon les chiffres d’Eurostat, on est très loin du million de personnes évoqué par Mischaël Modrikamen sur le plateau de "Mise au Point".

Himad Messoudi

*La question lui a été posée, par courriel, lundi matin. Réponse de l'intéressé à 11h50, lundi : "Je reviens vers vous". Nous attendons toujours...

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