Renaud Mazy administrateur des Cliniques Saint-Luc : "C'est le règne de la débrouille", au sujet de la répartition des patients Covid

Dans toute la Belgique, les hôpitaux vont garder plus de place pour les patients Covid, 25% des lits leur seront réservés. Dans certains hôpitaux comme aux Cliniques universitaires Saint-Luc, on est déjà passé à 50%. La question de l’organisation prend le dessus.

Renaud Mazy, l’administrateur délégué des Cliniques universitaires Saint-Luc est l’invité de Matin Première au micro de Thomas Gadisseux pour parler de la crainte de saturation suite aux patients Covid.

Renaud Mazy préfère être clair quant à l’évolution de l’épidémie : "La situation dans les hôpitaux va s’aggraver dans les prochaines semaines. On voit au quotidien une accélération du nombre de patients qui arrivent à Saint-Luc. Cela signifie que nous avons dépassé les 25% de patients Covid sans pour autant déjà passer au-delà de la phase 1A. Un changement de phase pourrait arriver dans les prochains jours, nous analysons quotidiennement l’évolution".


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La question de la répartition des patients découle de cette augmentation des hospitalisations dues au coronavirus. Comment les Cliniques Saint-Luc opèrent comme : "Un système locorégional. Nous sommes trois hôpitaux qui gérons ensemble la répartition, et une fois que nos unités sont occupées entièrement nous redirigeons vers d’autres groupes hospitaliers", détaille Renaud Mazy.

Le règne de la débrouille

Le sujet a fait de nombreuses réactions, notamment suite à la volonté de refus de recevoir des patients francophones à Alost. Pour l’administrateur délégué de Saint-Luc cela se résume à des bons contacts : "C’est un peu la débrouille. Il n’y a pas de protocole strict, les groupes locorégionaux gèrent entre eux. Il faut que les autorités s’impliquent de plus en plus. Le système au Pays-Bas fonctionne assez : ce sont les pouvoirs publics qui répartissent les patients à travers le pays. Il faudrait agir comme cela".

La seconde possibilité pour consacrer plus place aux patients Covid, c’est de diminuer les autres activités : "Pour accueillir des patients Covid, vous devez décider de délaisser d’autres pathologies en reportant des soins. Certains soins sont extrêmement urgents, d’autres moins mais pourraient le devenir et il faut le retenir", explique Renaud Mazy.

"On va diminuer l’activité hospitalière non-Covid mais j’espère vraiment qu’on ne va pas arriver à la même situation qu’au printemps. Nous avions été limités et donc pas pu traiter certaines pathologies. On a jamais dû aller chercher autant de gens chez eux, terrassés par une crise cardiaque, que durant ce printemps parce que nous étions occupés dans les unités Covid", se désole-t-il.

On doit commencer à diminuer les activités non urgentes dans tous les hôpitaux

Si on ne diminue pas certaines activités, risque-t-on rapidement d’arriver à cette fatidique saturation ? "On doit commencer à diminuer les activités non urgentes dans tous les hôpitaux". A Saint-Luc on se prépare pour la semaine prochaine : "La restriction des visites est délicate, c’est bon pour un patient d’avoir la présence de la famille. Mais on voit aujourd’hui que la prévalence est telle que l’on doit restreindre ces visites. On s’apprête à communiquer la semaine prochaine : ces visites seront très strictes et pas immédiates pour un patient", prévient l’administrateur délégué des Cliniques universitaires Saint-Luc.

Un traumatisme non résorbé

"Il y a plusieurs aspects. Sur le sentiment général des équipes, il ne faut pas se le cacher : les équipes sont fatiguées psychologiquement car on ne voit pas le bout du tunnel. Pour pas mal de personnes c’est comme un traumatisme, il faut le temps de se remettre. On doit prendre soin du personnel et les accompagner, je sais que ce n’est pas simple mais on doit absolument le faire".

Renaud Mazy, développe ce qui a changé dans la mentalité du personnel hospitalier : "Le sentiment est qu’avant, le Covid était à l’extérieur de son cercle, de son milieu. Aujourd’hui on constate qu’il y a beaucoup plus de personnes, dans les hôpitaux comme dans la société, qui sont contaminées. Le virus a beaucoup circulé avec les jeunes, sans les stigmatiser, donc on se retrouve avec beaucoup de parents quadra et quinqua qui sont infectés".

Suite à cette situation en vidéo, le personnel positif asymptomatique doit-il venir travailler ?

"Quelqu’un qui a de la fièvre doit rester chez lui et se reposer. Chez nous, raconte Renaud Mazy, un seul cas d’une infirmière positive asymptomatique venant travailler est à compter. Notre responsabilité est de voir à quel moment nous diminuerons aussi nos activités non essentielles".

L’hôpital est l’un des endroits les plus sûrs

L’administrateur se veut rassurant pour les personnes ayant besoin de soins hors Covid : "Le patient est angoissé, mais il doit comprendre que l’hôpital est l’un des endroits les plus sûrs. Il vaut mieux venir à l’hôpital qu’aller faire ses courses ou voir sa famille".

Quant au danger des voix discordantes des experts et des médecins, cela brouille le message autant pour le citoyen que dans l’action politique : "En tant que responsable d’un grand hôpital je suis très attentif à ces différentes voix. Il faut comprendre qu’au sein du monde académique un débat est nécessaire pour faire avancer la recherche. Cependant, lorsque quelqu’un s’exprime sur un domaine qui n’est pas le sien je ne l’écoute pas. Les combats entre experts sont extrêmement mauvais pour le secteur", défend Renaud Mazy, administrateur délégué des Cliniques universitaires Saint-Luc.

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Renaud Mazy, administrateur délégué des Cliniques Universitaires Saint-Luc était invité dans Matin Première pour parler du coronavirus et des hôpitaux © RTBF
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