Relance économique : Quand nous serons contraints de choisir entre relance et résilience

La date butoir pour la remise du plan de Relance et de Résilience belge, à la Commission européenne, approche. C’est ce vendredi. 5 milliards, 925 millions d’euros. Voilà ce que la Belgique compte aller chercher pour des projets de rénovation du bâti, de mobilité, de digitalisation, entre autres Mais cette date butoir, n’est qu’un début. Tout reste à faire. L’enjeu ? Passer de la théorie, à la pratique.

Fin de semaine, nous aurons quelques réponses. Après le " combien " – cela, on le savait : 6 milliards – place au "quoi" : Quels sont les projets concrets que la Belgique va demander à faire financer par le Fonds Européen de Reprise et de Résilience. Mais nous n’aurons pas encore, le " comment ".

La mise en œuvre de la relance, son volet opérationnel : le passage de la théorie à la pratique. Or, et cela relève de l’évidence, mais le Bureau du Plan juge bon de le préciser quand il évalue les effets de la manne européenne sur l’économie belge :" Beaucoup d’impacts dépendront de la manière, dont les mesures seront mises en œuvre ". La réussite de la relance économique dépendra au moins autant de la musique qui va nous être jouée, que de la partition.

Il va falloir passer de la théorie, à la pratique. La théorie, tout le monde l’a comprise. Un exemple : Dépenser 1 milliard d’euros pour rénover des bâtiments, cela a du sens économique, énergétique, et environnemental. Mais, c’est encore mieux si l’on n’oublie pas l’emploi. Si l’on s’assure en fait de disposer en Belgique des connaissances, compétences, et de la main-d’œuvre, en quantité suffisante pour réaliser les chantiers souhaités.

Faute de quoi, dans le volet rénovation du bâti, nous serions contraints de relancer le moteur de l’économie belge en faisant massivement appel à des entreprises étrangères.
Cela serait loin d’être optimal, c’est la théorie. Et tout le monde l’a bien compris.

Il est prévu que deux tiers des six milliards européens soient dépensés d’ici à fin 2023. La question pratique, c’est donc : Comment va-t-on être capable de mettre sur pied une filière de formation digne de ce nom, dans les trois ans ? Pour alimenter un secteur, la construction – notoirement en pénurie de main-d’œuvre depuis des années – et générer les connaissances et l’expertise nécessaire en Belgique pour rénover rapidement, massivement et intelligemment le parc immobilier.

Le même raisonnement vaut pour certaines matières premières. Dépenser 1 milliard d’euros pour rénover des bâtiments, cela a du sens. Mais, c’est mieux si l’on dispose d’une filière locale de matériaux de construction. Faute de quoi une partie du budget relance servira à importer des matériaux. C’est la théorie, et tout le monde l’a bien compris.

La Wallonie compte mettre sur pied une filière de matériaux de construction pour réduire sa demande vis-à-vis de l’étranger.
C’est prévu, et c’est bien vu. Mais aura-t-elle le temps de le faire dans un agenda aussi serré ?

Pour un "simple" redémarrage du moteur, injecter de l’argent aussi rapidement dans l’économie n’est pas un problème. C’est même l’idéal : stimuler les dépenses dès que possible, quand l’économie est au plus mal - et dès que la situation sanitaire le permettra. Par contre, pour inclure de manière efficace, dans ce redémarrage des composantes sociales, environnementales, de relocalisation ou réorientation de l’économie, cela risque de faire court.

Et, de la théorie à la pratique, le choix risque malheureusement de se poser par moments : relance ou résilience ? Entre la noblesse de certaines intentions et la réussite de la mise en œuvre, il y aura peut-être de la marge.

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