"Rafiki", un amour lesbien au Kenya

Une scène du film "Rafiki"
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Une scène du film "Rafiki" - © DR

Après un accueil enthousiaste dans la section "Un certain regard" à Cannes, le film "Rafiki " sort partout en salles… Sauf dans son pays d’origine, le Kenya, où ses producteurs ont à peine obtenu de pouvoir le projeter pendant une semaine dans une seule salle de Nairobi (cette sortie permet ensuite de présenter le film dans la course aux Oscars).

"Rafiki" - qui signifie "ami", voire plus, en swahili – se déroule à Nairobi. Kena, jeune étudiante qui rêve de s’inscrire en médecine, voit son père, modeste commerçant, se lancer dans une campagne électorale. Kena est attirée par Ziki, jeune fille d’un milieu plus aisé, et fille d’un politicien inscrit sur une liste adverse… Kena et Ziki vont entamer une relation qui se heurte à plusieurs tabous : le barrage des classes sociales, et la répression de l’homosexualité, vue comme une déviance intolérable dans un pays dominé par le patriarcat.

Sur le plan strictement cinématographique, "Rafiki" déroule un scénario, il faut bien l’avouer, sans grande surprise. Mais l’intérêt du film est évidemment ailleurs : dans la fougue que met la jeune réalisatrice kenyane Wanuri Kahiu à dépeindre la jeunesse de Nairobi, et à s’emparer d’une réalité – les relations homosexuelles – que les autorités refusent d’admettre. Il faut d’ailleurs souligner le courage de ses deux actrices (Samantha Mugatsia et Sheila Munyiva), qui jouent les amoureuses avec conviction et charisme.

Un peuple et son roi

14 juillet 1789, prise de la Bastille - 10 août 1792, exécution du roi Louis XVI. Entre ces deux dates, trois ans de lutte en France, de balbutiements pour créer une Assemblée nationale et pour sceller le destin du Roi, bref, pour tenter de changer de régime. Ces trois années sont au cœur du nouveau film de Pierre Schoeller, réalisateur français qui avait signé un brillant film politique, "L’exercice de l’Etat".

Schoeller décrit ici les deux camps avec, d’une part, des destins fictifs symbolisant le combat du peuple (l’occasion pour Olivier Gourmet, Adèle Haenel ou encore Gaspard Ulliel de camper des beaux personnages) et d’autre part, les figures historiques (Louis Garrel campant Robespierre et Laurent Laffitte Louis XVI). Son film tente d’allier souffle romanesque et rigueur historique, mais n’y parvient qu’à moitié. Car résumer une période aussi complexe et aussi trouble de l’Histoire de France dans un film de deux heures, c’est être condamné à aller au pas de charge et à réduire certains protagonistes à faire de la figuration… Dans ce cas-là, les images d’Epinal ne sont hélas pas loin. Peut-être que le format d’une mini-série de six heures aurait permis à Schoeller de mieux creuser son sujet… Encore faut-il trouver des producteurs et des chaînes de télévision assez téméraires pour se lancer dans une aventure aussi ardue.

I feel good

Monique (Yolande Moreau) est coordinatrice dans une communauté des Compagnons d’Emmaüs basée près de Pau. Un jour, elle voit débarquer son frère Jacques (Jean Dujardin) qui revient après des années d’absence. Monique et Jacques ont été élevés par des parents communistes mais Jacques, qui ne rêve que d’argent facile et de bling bling, s’est fait mettre à la porte par son père. Car le garçon, fasciné par le capitalisme, a des rêves trop grands pour lui ; c’est un gros paresseux, un "glandeur" impénitent. Chez Emmaüs, il va tenter de monter une arnaque sur le dos de ses compagnons de passage…

Depuis quelques films, Gustave Kervern et Benoît Delépine ont mis au point une formule : engager une star pour un contre-emploi (Depardieu dans "Mammuth", ici Dujardin) et orchestrer le choc de deux mondes (Poelvoorde face à Dupontel dans "Le Grand Soir", ici Dujardin face à Moreau). Chacun de leurs films démarre en fanfare avec une image forte (ici, Dujardin se baladant en bordure d’autoroute en peignoir de bain) mais peine à tenir la distance. Dujardin met toute son énergie à animer son personnage de crétin prétentieux et roublard, mais ses efforts finissent par tourner à vide dans un scénario répétitif qui patine.

Kervern/Delépine restent viscéralement des auteurs de sketches plus que des créateurs d’intrigues, et "I feel good" produit le même effet que leurs films précédents : pendant une demi-heure, on s’amuse, le reste du temps, on regarde sa montre.

A simple favor (L’ombre d’Emily)

Stephanie (Anna Kendrick, vue dans "Un in the air" aux côtés de George Clooney), mère de famille dévouée, rencontre à la sortie de l’école Emily (Blake Lively, vue dans "Cafe Society"). Stephanie, stressée de nature, est immédiatement vampée par Emily, par son charisme, sa "cool attitude". Mais leur amitié naissante est tuée dans l’œuf lorsqu’Emily disparaît mystérieusement sans laisser d’adresse…

Paul Feig s’était fait remarquer surtout par des comédies pas très subtiles mais efficaces ("Bridesmaids", "Spy"), ici il s’aventure dans le registre de la comédie policière, et s’en sort avec les honneurs : "A simple favor" mêle humour et mystère, et offre deux rôles féminins consistants à Kendrick et Lively, qui s’en donnent à cœur joie avec un scénario qui multiplient habilement les chausse-trappes. C’est clairement le film le plus divertissant de la semaine.

La prophétie de l’horloge (The house with a clock in its walls)

USA, 1955. Lewis, dix ans, vient de perdre ses parents dans un accident de voiture. Il est recueilli par son oncle Jonathan (Jack Black), qui vit dans une vieille masure où il se dispute régulièrement avec une voisine, Mrs Zimmerman (Cate Blanchett). Très vite, Lewis se rend compte que le duo a des pouvoirs magiques, mais semble redouter le pouvoir d’une horloge incrustée dans le mur de la demeure…

Le film est tiré d’un roman pour la jeunesse datant de 1973 et signé John Bellairs, premier tome d’une série à succès dans les pays anglo-saxons. Le duo Black/Blanchett s’amuse, la réalisation d’Eli Roth (qui sort, une fois n’est pas coutume, de ses habituels films d’horreur) est soignée, les décors et la photo magnifiques… Et pourtant, "La prophétie de l’horloge" souffre d’un air de "déjà vu". Sans doute parce que les studios hollywoodiens ont attendu trop longtemps, et que depuis la parution du roman, d’autres oeuvres – "Harry Potter", pour ne citer que celle-là – ont été plus loin dans l’exploration des mondes fantasmagoriques…

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