Questions à la Une: pourquoi a-t-on peur de l'AFSCA ? (Vidéo)

C'est un acronyme qui revient souvent dans l'actualité, et rarement de façon positive: AFSCA. De la polémique autour de la tarte au riz à celle du fromage de Herve, en passant par le scandale des oeufs au fipronyl, l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire traîne plusieurs casseroles derrière elle. Ce mercredi, Questions à la Une se demande dès lors: pourquoi a-t-on peur de l'AFSCA ?

Un gendarme contesté

C'est une instance indispensable: l'AFSCA a pour mission de vérifier que ce qui arrive dans nos assiettes respecte les normes de qualité et est bon pour notre santé. Pour cela, elle multiplie les contrôles: 106 000 rien que l'an dernier. De l'agriculteur, au restaurateur, en passant par les grandes entreprises alimentaires, tout le monde y passe. Le contrôleur rend visite à l'opérateur avec une check list d'éléments à respecter. C'est sur cette base que le contrôleur de l'AFSCA va rédiger son rapport et décider d'éventuelles sanctions. 

Parmi les mesures que peut prendre l'AFSCA, les rappels de produits. Le nombre de ces rappels a augmenté de 222% cette année. Preuve de l'efficacité et de la vigilance de l'agence. Mais ça ne plait pas à tout le monde. Pour Comeos, la fédération belge du commerce et des services, l'AFSCA fait du zèle. "Ils oublient l'impact sur les opérateurs économiques, estime Nathalie De Greve, Head Product Policy & Sustainability chez Comeos. Ça engendre beaucoup plus de frais qu'un simple retrait des rayons". 

Et il n'y a pas que les grandes entreprises qui sont fâchées avec l'AFSCA. En Gaume, la famille Vandenbussche a dû fermer définitivement sa ferme il y a dix ans. À l'époque, ils étaient les plus gros producteurs de cochon de la région. Mais suite à un cochon contrôlé positif au chloramphénicol, médicament interdit, l'AFSCA leur interdit de continuer leur activité. Malgré le temps qui passe, la pilule ne passe toujours pas chez les fermiers gaumais:

Ils nous ont volé nos dix plus belles années de carrière

Car après des mois de galère, l'enquête révélera finalement que la contamination venait non pas de la ferme des Vandenbussche, mais de l'abattoir de Virton. Pire, le cochon avait été en contact avec le médicament... dans le bureau du vétérinaire de l'AFSCA, censé contrôler les bêtes qui passent par l'abattoir pour éviter ce genre de contamination.

Un gendarme qui inspire la peur

Les Vandenbussche sont un exemple frappant: un contrôle de l'AFSCA qui se passe mal, et tout peut basculer. L'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire fait donc peur. Et tout particulièrement aux agriculteurs. "Dans une ferme, on peut être en ordre à un moment, et dix minutes après on ne l'est plus", explique Philippe Duvivier, agriculteur et président de la FUGEA, la Fédération Unie de Groupements d’Éleveurs et d'Agriculteurs. D'autant que les conséquences peuvent vite être lourdes: en cas de problème signalé par l'AFSCA à la Région wallonne, l'agriculteur peut immédiatement perdre une partie de ses primes annuelles. Un scandale pour Philippe Duvivier: "C'est comme si on vous enlevait 5% de votre salaire parce que vous avez brûlé un feu rouge". 

Preuve de la peur qu'inspire l'AFSCA aux agriculteurs, ils sont peu nombreux à avoir accepté de témoigner. Et ceux qui ont osé, sont convaincus qu'ils vont le payer. Ludovic Lefebvre, agriculteur, se montrait inquiet devant notre caméra: 

Je m'attends à un éventuel contrôle suite à votre reportage. Peut-être qu'ils vont venir faire un contrôle plus musclé chez moi. 

L'Agence fédérale fait même peur à ses propres collaborateurs. Parmi les vétérinaires qui effectuent des contrôles pour l'AFSCA, certains sont indépendants. Aucun de ceux que nous avons contactés n'a voulu répondre à nos questions devant la caméra. Ceux qui parlent risqueraient d'avoir des problèmes: "Ceux qui se sont avancés pour demander des éléments pour améliorer le travail se sont retrouvés sans mission", explique Marcel Renard, vétérinaire et membre de l'Union professionnelle vétérinaire. Peu payés vu les énormes responsabilités qu'on leur confère, et visiblement pas toujours traités correctement, les vétérinaires ne se bousculent pas aux portes de l'AFSCA, qui a du mal à trouver de nouveaux candidats. "L'AFSCA, c'est la dernière option qu'un jeune vétérinaire sortant de l'université choisira avant le suicide", assène Philippe Martin,Vétérinaire indépendant retraité de l’AFSCA.

Rendez-vous ce mercredi soir dès 20h20 sur La Une ou sur Auvio.  

 

 

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