Questions à la une: "Les esprits sont chauds !"

Certes, la critique est parfois constructive et nous nous y soumettons bien volontiers. Nous ne prétendons pas détenir LA vérité mais, nous ne pouvons pas accepter l'accusation de "désinformation" brandie par plusieurs internautes. Libres à eux de ne pas avoir été convaincus par l'enquête - désolé, c'en est bien une - que nous avons présentée pour tenter, je dis bien tenter, de démêler le vrai du faux sur cette épineuse question qu'est le réchauffement climatique. Je ne vais pas ici chercher à convaincre en quelques mots ceux qui ne l'ont pas été par notre émission mais je voudrais juste préciser certains points.

 

  • N'en déplaise à certains, nous avons réalisé cette enquête non pas au profit d'une cause mais bien de la manière la plus honnête et la plus approfondie possible. La journaliste qui l'a réalisée s'est tout au long de son enquête confrontée avec l'équipe d'édition, a fait part de ses propres interrogations vis-à-vis de certaines affirmations brandies ça et là. Voilà plus de vingt ans qu'elle et moi faisons ce métier et nous savons qu'un journaliste est d' abord un sceptique, qui met en doute les propos d'autrui, les vérifient autant qu'il soit possible, les recoupe, et avance pas à pas pour tenter de se forger une conviction. J'affirme sur l'honneur que c'est dans cet esprit que se sont construits les reportages et non comme d'aucuns le laissent entendre pour faire uvre d'une quelconque propagande, ce qui se situe aux antipodes de notre conception du métier.
  • Jamais nous n'avons affirmé que le Giec était irréprochable. Nous avons rappelé le récent reproche fait par l'ONU à propos de son organisation. Mais nous en restons aux faits : quatre commissions d'enquête ont blanchi les auteurs de ce que les accusateurs du Giec ont appelé le Climategate. Jusqu'à preuve du contraire, les erreurs qu'il a commises ne relèvent pas d'une volonté de manipulation. C'est bien dans cet esprit de jusqu'à preuve du contraire que nous avons assumé notre conclusion : à l'heure actuelle, la responsabilité de l'homme dans le réchauffement climatique apparaît comme la seule convaincante pour l'expliquer. Comme le disait le philosophe des sciences Karl Popper, une théorie scientifique peut être considérée comme vraisemblable tant qu'une nouvelle n'est pas venue la réfuter. C'est comme ça que de Newton à Einstein la science a progressé. Peut-être - qui sait ? - un scientifique trouvera-t-il un jour une autre explication scientifique convaincante au phénomène du réchauffement climatique. Force est de constater que ce n'est pas encore le cas.
  • On nous reproche aussi de ne pas avoir évoqué Al Gore, les erreurs de son film et les importantes sommes que cela lui a rapporté. De fait, nous aurions pu développer ce volet supplémentaire du lobby vert et nous en avons discuté. Nous y avons finalement renoncé parce qu'il nous est apparu que le lobby en question était peu de choses comparé à celui de l'industrie pétrolière. Ce n'est pas nous qui, par ailleurs, avons inventé les documents qui prouvent que c'est elle qui finance de nombreuses études menées par les climatossceptiques. Ajoutons que ce n'est pas parce qu'Al Gore gagne beaucoup d'argent que son film n'a pas d'intérêt. Certes - et c'est regrettable - il contient des erreurs factuelles. Cela dit, celui de Michael Moore contre George Bush, le fameux 9-11, récompensé à Cannes, en contient aussi : cela ne veut pas dire qu'il ait tort sur tout...

 

  • Pour terminer, je voudrais simplement proposer à nos détracteurs de méditer sur cette phrase bien connue de nombreux philosophes, psychologues et linguistes : "Nous construisons le monde plus que nous le percevons". En clair, nous jugeons selon notre propre point de vue et nos propres convictions. En tant que journalistes, notre rôle est de dépasser cela par une démarche la plus étayée et la plus honnête possible. Même sur un sujet scientifique aussi complexe, notre rôle est de tenter d'éclairer les enjeux de manière à la fois correcte et compréhensible pour le public. C'est ce que nous avons tenté de faire ici, sans tabous ni parti-pris, et sans fausse modestie, nous avons le sentiment d'avoir atteint, non pas LA vérité, mais bel et bien une petite parcelle d'essentiel.

 

Pierre Marlet


Chef de production et d'édition de Questions à la une

 

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