Questions à la Une : implants mammaires, une bombe dans le corps ?

Les implants mammaires sont-ils responsables de maladies auto-immunes et de cancers chez les femmes qui se font opérer ? Pour les autorités, aucune preuve scientifique ne détermine un lien de causalité. Mais de nombreuses études tendent à prouver qu’il y a bel et bien une corrélation. Questions à la Une s’est penché sur la question.

Le syndrome ASIA, maladie des implants ?

Quand on demande à Marret, à Fatiha ou à Françoise, qui souffrent du syndrome ASIA, ce qui a causé leur maladie, leur réponse est unanime : les responsables, ce sont les prothèses mammaires qu’on leur a implantées dans le corps. Le problème, c’est qu’elles ont du mal à faire reconnaître le lien entre leurs souffrances et les implants. Pour le Dr Willemart, chirurgien plasticien et membre de la Société Royale Belge de Chirurgie Plastique, il ne s’agit que de suppositions à l’heure actuelle. "Il n’y a pas de preuve d’un lien entre syndrome ASIA et implants", affirme le chirurgien.

Pourtant, certains médecins sont convaincus du contraire. Chez nous, le Dr José Budo fait partie des seuls à critiquer sa profession. Certes, comme il en fait la démonstration, les prothèses sont extrêmement solides. "Vous avez vu, c’est miraculeux, c’est garanti à vie, ça ne casse jamais", lance le Docteur Budo, non sans une pointe d’ironie. Puis, il poursuit son explication : "Je regrette, c’est tout sauf vrai. Si vous frottez la prothèse entre les mains, vous sentez que vos mains sont grasses". C’est là que réside le problème : sans même se fissurer, la prothèse répand du silicone. Elle transpire, en quelque sorte. Et selon le Docteur Budo, c’est le cas à chaque fois : "On ne peut jamais dire que la prothèse ne transpire pas, c’est un mensonge".

Avec cette constatation, pour le Docteur Budo, c’est clair : les prothèses sont responsables du syndrome ASIA :

On retrouve du silicone dans la moelle épinière, dans le cerveau, et dans la thyroïde. Peut-on s’imaginer que tous ces corps étrangers sont inertes et ne stimulent pas le système immunitaire ? Ce sont des mensonges faits pour en tirer des profits, et banaliser une situation grave.

Si en Belgique, le docteur Budo est quelque peu esseulé dans son combat, il est rejoint par plusieurs collègues à l’étranger. Rita Kappel, chirurgien plasticien aux Pays-Bas, est l’une d’entre eux. En 2008, une de ses patientes qui portait des implants mammaires et avait contracté le syndrome ASIA, décède. Une autopsie est réalisée, et les résultats font froid dans le dos : "On a découvert que les molécules de silicone s’étaient répandues dans tous les organes, dans tous les tissus, dans la moelle épinière et dans le cerveau", raconte le Docteur Kappel.

C’est ce que vit Marret. Après une ablation des seins suite à un cancer, elle s’est fait placer des implants mammaires en silicone. Il n’y a pas de risques, lui assurait à l’époque son médecin. Aujourd’hui, Marret a contracté le syndrome ASIA. Elle a du silicone partout dans son corps, et le verdict est sans appel : elle ne guérira pas. "Dans les tests sanguins, ils ont vu que mon corps a subi un vieillissement prématuré. J’ai des valeurs similaires à celles d’une personne de 80 ans. Je sais que je ne vivrai pas vieille. Je pense que je vivrai encore dix ans", explique Marret, 57 ans aujourd’hui.

Des implants interdits en France… mais pas en Belgique

Nathalie, quant à elle, n’est pas atteinte du syndrome ASIA. Elle a développé un cancer. Et pour elle, ici aussi, ça vient de ses implants. "On m’a implanté des prothèses qui donnent le cancer", affirme Nathalie. Elle les a fait retirer depuis, et nous montre : quand elle prend ses prothèses en main, la membrane s’effrite. Et pourtant, ici aussi, il y a débat.

Ces particules qui se désagrègent sur la prothèse de Nathalie, et vont donc se balader dans le corps, sont désormais reconnues comme responsables d’un certain type de cancer. Les Etats-Unis, le Canada et la France ont récemment interdit 90 modèles d’implants. Pour le Professeur Gaulard, médecin chercheur dans un hôpital parisien, il n’y a pas de doute : certaines prothèses causent des cancers.

Il y a un lien de causalité qui a été établi entre certains implants mammaires et ce type de lymphome très particulier, même si on ne connaît pas encore complètement les mécanismes qui conduisent à ça. Ce qui est sûr c’est que ce type de lymphome survient spécifiquement dans cet environnement de l’implant mammaire.

Pourtant, ces preuves scientifiques ne sont pas prises en compte chez nous. Le lien de causalité n’est pas reconnu : "Aujourd’hui, il n’y a aucune preuve scientifique du lien de causalité entre le lymphome dont il est question et les implants texturés", affirme Coline Wellemans, Porte-parole de l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS).

Des victimes qui ont besoin de reconnaissance

Au-delà de leurs problèmes de santé, les femmes que nous avons rencontrées souffrent aussi du manque de reconnaissance. Elles sont fatiguées qu’on ne les croie pas. Fatiha, victime du syndrome ASIA, nous montre ses radiographies : "Les images parlent d’elles-mêmes, toutes les taches blanches que vous voyez, c’est du silicone. Et pourtant, on me dit que je n’ai rien, s’agace-t-elle. Ils nous font passer pour des folles".

Alors pour se faire reconnaître, et pour faire reconnaître le lien entre leurs implants et leur maladie, certaines, comme Françoise, intentent des actions en justice. "Je ne lâcherai jamais rien, assure Françoise. Je veux une reconnaissance et une réparation de mon préjudice". Son mari est là pour la soutenir : "C’est le seul combat qu’elle puisse gagner. Parce que contre la maladie, ce n’est pas possible…"

Finalement, toutes les femmes qui apparaissent dans le reportage sont unanimes : si c’était à refaire, elles ne se feraient pas placer d’implants mammaires. Et quand on demande à Nathalie ce qu’elle dirait à une femme qui, aujourd’hui, se sent mal dans sa peau et pense à des prothèses mammaires : "Qu’elle vienne dans ma peau un seul jour, elle ne le fera pas".

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