Quelle place pour les femmes dans le cinéma d'horreur ?

Quelle place pour les femmes dans le cinéma d'horreur ?
Quelle place pour les femmes dans le cinéma d'horreur ? - © Tous droits réservés

Une femme qui crie en gros plan. Un tueur psychopathe qui décime tout ce qui bouge sur son passage.  Les films d’horreur participent-ils à entretenir certains clichés ou, au contraire, s’en moquent-ils pour mieux les déconstruire ?  Disons-le d’emblée : regarder un film d’horreur, c’est aussi prendre du plaisir à voir de la violence, qu’elle soit physique ou psychologique. Or, dans une société patriarcale, les femmes sont plus souvent violentées et donc plus susceptibles de voir de mauvais souvenirs remonter à la vue de certaines scènes.

Les dernières survivantes

Le slasher en particulier retient l’attention pour ses caractéristiques genrées. Il s’agit d’une catégorie de films où un tueur tue un groupe de personnes (Scream, Halloween, Souviens-toi l’été dernier). Bien souvent, une femme, seule survivante, finit par s’en prendre au tueur et le vaincre. Féministes, les slasher ? Ces films remontent au cinéma des années 1970 et auraient agi comme un retour de bâton pour le mouvement de libération des femmes de cette époque. La survivante est en effet souvent opposée à une autre femme, libérée sexuellement et qui meurt parmi les premières victimes dans d’atroces souffrances. La dernière survivante reste, quant à elle, loin des garçons. Une manière de faire passer un message en sous-texte.

A l’inverse, dans son livre Hommes, femmes et scies à chaîne: le genre dans le film d'horreur moderne, la professeure américaine Carol J. Clover identifie dans ce qu’elle appelle la " final girl " une figure féminine forte et intelligente. Elle incarne une puissance féminine capable de répondre à la violence masculine. Pourtant, " (…) dans une perspective féministe, la final girl peut s’interpréter comme une figure masculinisée amenée, devant la violence qu’elle subit, à s’exprimer encore selon la modalité phallocentrée dominante ", écrit le professeur Denis Mellier dans l’article Neo-horror et final girl : agressées et agresseuses dans le cinéma d’épouvante.

De la violence pour répondre à la violence, cela est souvent décrit comme féministe et cathartique : voilà enfin une femme qui se défend. Cela suffit-il ? 

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Ces films de ‹ porno-torture › érotisent la violence contre les femmes pour la vendre au public comme s’il s’agissait d’un divertissement 

 

Ressorts scénaristiques

D’autres sous-genres voyeuristes de l’horreur posent cette question, tel le Rape and Revenge (Viol et revanche, en français), des films dans lesquels une femme violée se venge de ses bourreaux. La Dernière Maison sur la Gauche de Wes Craven (1972) est considéré comme l’un des premiers du genre. Les viols y sont critiqués car utilisés comme des ressorts scénaristiques. Le Torture porn des années 2000 est également critiqué pour montrer des corps de femmes martyrisés en gros plans.  " Ces films de ‹ porno-torture › érotisent la violence contre les femmes pour la vendre au public comme s’il s’agissait d’un divertissement ", écrivent ainsi des féministes américaines en 2007 à la sortie du film Hostel 2.

Tous ces films, par ailleurs, montrent largement que la violence des hommes s’exerce en dehors du foyer par des inconnus alors que la source d’horreur pour les femmes réside plus souvent dans les hommes qui leur sont proches. La majorité des femmes violées le sont par des hommes qu’elles connaissent. Une réalité des violences patriarcales bien décrite dans le Shining de Stephen King qui parle frontalement des violences conjugales mais que l’on perd dans l’adaptation cinématographique de Stanley Kubrick en 1980. "C’est l’un des personnages les plus misogynes jamais vus à l’écran. En gros, elle n’est là que pour crier et avoir l’air bête. Ce n’est pas la femme sur laquelle j’ai écrit", a réagi l’écrivain au sujet du personnage féminin principal du film joué par l’actrice Shelley Duvall.

Trois films d’horreur féministes

Pour cette soirée d’Halloween, Les Grenades ont choisi trois films d’horreur féministes.

La Cabane dans les bois de Drew Goddard, co-écrit par Joss Whedon (le créateur de Buffy contre les Vampires).

Le film commence comme un slasher classique : un groupe d’adolescent.e.s se retrouve dans une cabane et se fait attaquer par des méchantes créatures. La force du film est de se moquer de ce genre cinématographique en tirant les ficelles jusqu’au ridicule. La dernière demi-heure est particulièrement étonnante.

Grave de Julia Ducournau

Justine, une étudiante en vétérinaire végétarienne, se découvre un goût soudain pour la viande… et la chair humaine. L’occasion de poser la question de la manière dont sont traités les corps féminins dans la société patriarcale.

A Girl Walks Home Alone at Night d’Ana Lily Amirpour

Présenté comme le " premier western vampirique iranien ", le film revisite ce thème classique du cinéma d’horreur à l’aide d’une vampire féministe et traite de la place des femmes en Iran.

Une chronique de Camille Wernaers

Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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