Quelle droite en Belgique francophone?

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Droite, gauche… gauche, droite… longtemps la Belgique a été gouvernée au milieu de ces lignes. L’arrivée de la N-VA a bousculé le ronron politique qui prévalait depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, marquée notamment par les grands accords politiques et notamment, la création de la Sécurité Sociale tel que nous la connaissons aujourd’hui. La concertation, le consensus et la négociation constitueraient dès lors les vertus cardinales du " modèle belge " quelle que soit la majorité en place. Toutes les coalitions (autre caractéristique de ce modèle) allaient œuvrer dans ce sens.

L’incongruité nationaliste

Tous les gouvernements, arithmétiquement de coalition, allaient gouverner au centre, suivre une ligne politique similaire, garantir la survie du modèle avec ça et là quelques nuances.

Cela, c’était avant 2014.

Dans un contexte général européen de méfiance à l’égard des institutions, dans une Belgique qui rebondit de crise politique en crise institutionnelle, en querelles stériles ou en blocages récurrents, la N-VA allait trouver un terreau fertile.

Dans une Flandre riche qui penche désormais très à droite, la N-VA est en passe de constituer cette Forza Flandria que jadis le Vlaams Belang appelait de ses vœux. Les nationalistes de Bart De Wever ont désormais cette ambition : fédérer autour d’eux toute la droite flamande. L’opération a commencé depuis plusieurs mois. Il s’agit désormais d’une droite qui s’assume, qui entend contourner les corps intermédiaires et qui ne craint plus d’affirmer son identité culturelle, eux contre nous, contre les musulmans, les gauchistes, les syndicats, la Wallonie, Bruxelles et son fonctionnement, les migrants et leurs défenseurs. Nationaliste et populiste. Identité et sécurité.

MR face à son destin

Si pour l’instant, la N-VA a fait main basse sur la Flandre, elle a besoin d’alliés pour faire de même sur l’ensemble du pays. Pour les libéraux francophones, l’occasion était trop belle d’enfin accéder au 16 et de mettre en œuvre une politique économique qui leur ressemble. Mais en acceptant cette alliance avec plus puissant que soi, le MR se doit aussi se positionner sur des thématiques plus " compliquées " pour eux. L’aile libérale sociale, qui a longtemps était majoritaire et qui sous l’impulsion de Louis Michel a permis le retour au pouvoir de 1999, avale parfois un peu de travers certaines décisions. Le sursaut à propos des visites domiciliaires en est devenu la preuve visible pour ceux qui croient encore en ce " modèle belge " que la N-VA veut abattre à terme.

Si la N-VA peut à terme " siphonner " l’essentiel de l’électorat de droite en Flandre, les succès libéraux francophones (1999, 2007) correspondent généralement à des effondrements socialistes et un faible cdH et donc à des élections gagnées " au centre ". Dans l’électorat francophone, les réserves sont faibles à la droite du MR. C’est donc tout le dilemme pour les libéraux francophones : suivre la N-VA au risque de perdre le centre et peiner ensuite à trouver des alliés de coalition ou se maintenir au centre et assumer des divergences qui seront de plus en plus grandes au cours de la campagne avec l’allié nationaliste.

 

@PhWalkowiak

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