Que reste-t-il des années Di Rupo ?

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Quand il reprend le PS en 1999, celui-ci vient de connaître le pire résultat électoral de son histoire. Quand il le "rend" 20 ans plus tard, ce même PS vient d’enregistrer un résultat pire encore. Pourtant, le bilan d’Elio Di Rupo dépasse ce constat purement comptable, il ne peut toutefois s’en exonérer totalement.

Providentiel

Comme Paul Magnette en 2019, l’accession d’Elio Di Rupo apparaissait aussi en 1999, comme une évidence. Le parti sortait aussi de législatures compliquées, de "compromissions" avec la droite (le plan global, la réduction drastique du nombre d’enseignants, etc.), d’affaires politico-financières (Inusop, Agusta, Dassault) dans les années 90. Le décor présente assez bien de similitudes avec celui d’aujourd’hui.

Comme souvent dans ce cas, les militants socialistes s’en remettent à un homme providentiel, censé réenchanter le "peuple de gauche" et remettre de l’ordre dans un parti meurtri.

Elio Di Rupo aura enregistré des succès électoraux (2003, 2004,2009, 2010), remis un locataire socialiste au 16, forcé le PS carolo à faire le ménage en interne après les affaires et lancé ainsi la carrière de son successeur. Il se sera aussi cassé les dents sur la fédération liégeoise, comme ses prédécesseurs Philippe Busquin et Guy Spitaels. Ce qu’il a fait à Charleroi, Elio Di Rupo n’a pas osé/pu le pratiquer à Liège, consacrant l’adage jésuito-spitaelsien : "avec la Trinité, la fédération liégeoise du PS constitue un des grands mystères de la Création".

Surveiller sa gauche

C’est un des paradoxes de l’action d’Elio Di Rupo : cela fait plus de 50 ans que la gauche n’a pas aussi forte électoralement en Wallonie et à Bruxelles alors que le Parti Socialiste est au plus bas. Le PS belge francophone demeure par sa force, une exception en Europe.

Après la défaite de 1999 et le succès concomitant des Verts, Elio Di Rupo avait lancé les Convergences de gauche, éreinté discrètement Ecolo à l’exercice du pouvoir, s’était érigé en disciple zélé du forum social et altermondialiste de Porto Alegre. Résultat : Ecolo est quasi rayé de la carte électorale en 2003 et 2004. Le PS est alors à 37% en Wallonie, Ecolo à 8,5% et le PTB à… 0,6%.

En 10 ans, le vote pour cette formation de gauche radicale et populiste est passé de 1,25% à 13,7% en Wallonie. Cela marque en creux le principal échec de la longue présidence Di Rupo ; le PS se trouve désormais tourmenté par un parti qui n’entend pas négocier/gouverner avec lui comme Ecolo mais par un parti qui entend lutter contre lui et dont le rêve est même de le supplanter.

Pour le successeur d’Elio Di Rupo, le danger viendra désormais bien plus de là que du MR ou de la N-VA.

@PhWalkowiak

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