Que faire des enfants belges du djihad?

Que faire des enfants de jihadistes belges en Irak et en Syrie? La question se pose depuis l’effondrement de l’organisation terroriste Etat islamique. En Flandre, le débat a été ravivé par la diffusion d’une série documentaire. 

Le reportage en trois épisodes s’intitule "Voor de zonden van de vaders" (Pour les péchés des pères). Il a été réalisé par Rudi Vranckx, reporter de guerre à la VRT, et spécialiste du Moyen-Orient. Durant un an, le journaliste est parti à la recherche des enfants belges du djihad en Irak et en Syrie.

Chez nous, il est d’abord allé à la rencontre de grands-mères désespérées, ou encore d’un papa dont les petits ont été enlevés par leur mère, d’origine tchétchène. Tous cherchent aujourd’hui à faire rapatrier ces enfants. Au total, ils seraient environ 160 à vivre dans des camps de réfugiés. Rudi Vranckx en a retrouvé une quinzaine qu’il a pu côtoyer et filmer dans leur quotidien. 

Un accueil mitigé

Dans l’ensemble, le sujet a été largement relayé. Mais des voix critiques se sont levées. Elles accusent notamment Rudi Vranckx de soutenir ouvertement le retour des enfants de terroristes.

Il faut dire que dans un pays qui a connu des attentats meurtriers, le débat est ultra-sensible. Mais Rudi Vranckx a le mérite de pointer du doigt un problème réel, et d’apporter aux téléspectateurs des images et des éléments dont ils n’auraient autrement pas connaissance.

Le reportage permet aussi de pousser au débat, et de soulever des questions complexes: devra-t-on par exemple rapatrier les mères de ces enfants? Peuvent-ils être séparés de leurs parents sans subir un traumatisme? Les laisser sur place ne serait-il pas plus dangereux que de les ramener chez nous afin de les faire suivre? Bref, beaucoup d’interrogations.

Pour Rudi Vranckx, une affirmation cependant: les enfants des djihadistes ne sont pas coupables des erreurs de leurs parents. 

Parallèle avec les enfants de collabos

La position du journaliste est partagée par Child Focus, ainsi que par de nombreux experts. Parmi eux, l’historien de l’Université de Gand, Koen Aerts, qui a récemment fait un parallèle très remarqué entre les enfants des djihadistes et les descendants des collaborateurs au régime nazi.

D’après lui, l’actuelle passivité des autorités belges pourrait avoir un effet contreproductif et alimenter le radicalisme de ces jeunes, tout comme elle a, à l’époque, renforcé les sentiments revanchards des enfants de collaborateurs flamands, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Aujourd’hui, le gouvernement a donné son feu vert pour le retour des enfants de combattants belges. Ils doivent toutefois avoir moins de 10 ans et être inscrits auprès de l’ambassade. Or, nombre d’entre eux ne possèdent pas de documents d’identité.

C’est notamment le cas de deux petites filles de 2 et 4 ans que Rudi Vranckx a rencontrées, et dont la mère, d’origine limbourgeoise, est emprisonnée en Turquie.

Beaucoup de dossiers s’annoncent donc compliqués à traiter. Le débat risque quant à lui de refaire encore surface.

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