Quand les réfugiés font bouger un gouvernement

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Après 10 ans, le MR a obtenu gain de cause : les primo-arrivants (comprenez essentiellement les candidats-réfugiés) seront bel et bien soumis à un parcours d’intégration obligatoire en Wallonie, comme c’est le cas en Flandre depuis près de 10 ans. C’est aussi pour le PS un revirement.

La Flandre montrée du doigt

Côté francophone, il a longtemps été de bon ton de dénoncer (au PS et chez Ecolo) l’inburgering forcée des nouveaux arrivants sur le sol flamand au nom du respect de la diversité culturelle. Il ne fallait pas aussi froisser les fortes minorités turques et marocaines de la Région bruxelloise, potentiels réservoirs à voix. Pourtant côté socialiste, des voix (Claude Emonts, président des CPAS wallons, Charles Picqué) s’élevaient pour considérer que contraindre les immigrés à apprendre le français c’était au contraire favoriser leur intégration.

En mars 2014, le parlement wallon avait refusé de donner un caractère obligatoire au parcours d’intégration ; à quelques encablures des élections, ce n’était pas le moment de donner raison au MR. Une première avancée : le primo-arrivant se devait malgré tout de suivre un "module d’accueil" fait de cours de français et d’un "bilan social".

Dans sa déclaration, le nouveau gouvernement wallon marquait déjà son souhait de faire évoluer ce simple accueil.

Le poids de la crise

Face à l’arrivée de migrants, et poussés sans doute par ce qui peut se dire dans les maisons du peuple ou les cercles catholiques, PS et cdH wallons ont finalement décidé d’aller plus loin que leur accord de gouvernement, coupant un peu l’herbe sous les pieds du MR : non seulement l’accueil demeure mais viennent s’ajouter 120 heures de français, 20 heures de de citoyenneté et aussi une insertion socio-professionnelle. Le gouvernement wallon veut faire passer tout cela avant fin décembre ; le timing est serré et les moyens annoncés dérisoires. Le ministre Prévot annonce 10 millions d'euros là où la Flandre en prévoit huit fois plus ; la Wallonie abrite pourtant plus de centres Fedasil ou de la Croix-Rouge que la Flandre et Bruxelles.

Poussé dans le dos par les évènements, le gouvernement wallon a fini par agir. PS et cdH pourront-ils longtemps tenir un discours différent à Bruxelles, où le dossier "migration" est sensible ? Poser la question…

@PhWalkowiak

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK