Quand le PS brûle ses vaisseaux… et ceux des autres

Pourquoi l’État-major du PS a-t-il demandé à Rudy Demotte de révéler, plus d’un mois après la fin de sa mission d’informateur, le rapport qu’il a remis confidentiellement au roi ? Un rapport écrit avec le N-VA Geert Bourgeois, resté secret jusqu’ici et dont la dernière phrase acte donc officiellement l’incompatibilité entre les deux partis.

Jusqu’ici la ligne du PS était de dire : ça ne fonctionnera pas avec la N-VA, on ne gouvernera pas avec la N-VA. Mais ce refus de résultats n’était pas un refus de moyens. Pour éviter de passer pour irresponsable, le PS a été obligé de répondre à la demande du Roi de négocier avec les nationalistes. Même si aucun des deux partis n’y croyait. Cette position assez hypocrite permettait d’éviter au PS et à la N-VA de prendre le fameux rôle du valet puant, celui qui est à l’origine du blocage. Depuis hier, les socialistes assume ce rôle négatif. Le PS non seulement n’y croit toujours pas, mais ne veut plus négocier avec la N-VA. C’est subtil comme nuance, mais ça change tout. Les socialistes prennent donc le risque d’apparaître pour les Bads Boys. Ce craquage de slip du PS douche l’espoir du CD&V, de quelques-uns au VLD et de quelques-uns (de plus en plus rares) au MR de voir encore le PS et la N-VA s’associer.

Pourquoi donc avoir pris ce risque ?

Connaissez-vous Agathocle de Syracuse ? Eh bien c’est un Roi, du quatrième siècle avant Jésus Christ, qui entreprit la conquête de nouveaux territoires depuis la Sicile. Il traversa la Méditerranée pour aller guerroyer avec les Carthaginois. Et c’est là, lors d’une expédition qu’il fit brûler tous ses navires, pour éviter que ses troupes, souvent des mercenaires, ne reprennent le bateau trop vite. Agathocle voulait les forcer à ne pas fuir. De là l’expression "brûler ses vaisseaux", couper les ponts, éviter tout retour en arrière.

Comme Agathocle avec ses mercenaires, Paul Magnette, veut forcer le VLD et le CD & V à ne pas fuir, brûler leurs vaisseaux, forcer le non-retour. Il veut leur éviter la tentation de revenir en arrière dans une négociation avec la N-VA.

Brûler ses vaisseaux est une stratégie très risquée. Mais le PS veut s’éviter deux risques encore plus grand. Premièrement un gouvernement avec la N-VA. Deuxièmement une négociation qui dure encore plusieurs mois. Ce serait encore plus déplorable pour son image et celle de tous les partis impliqués dans la négociation.

Pourquoi maintenant ?

Pourquoi ? Parce que le temps est compté. Au cœur de la stratégie de Paul Magnette, il y a le VLD. Si les libéraux flamands se déscotchent de la N-VA une coalition avec le PS est possible. Or le VLD se choisit un nouveau président à la fin de l’hiver. La campagne est en train de commencer, hier Bart Tommelein s’est déclaré candidat.

Si le VLD n’a pas fait le grand saut d’ici la fin de l’année, la campagne risque de diviser le parti entre les pros et les anti arc-en-ciel. Ça commence déjà. Hier Vincent Van Quickenborne a dit tout le mal qu’il pensait de la stratégie du PS. Bart de Wever l’a bien compris, faire durer la crise peut déstabiliser le VLD. Plus secrètement une partie du CD & V peut aussi espérer profiter de ce moment de faiblesse libéral.

Effectivement chaque jour qui passe rend le choix de plus en plus difficile et douloureux pour les libéraux flamands. Si le VLD ne franchit pas le pas, le CD & V ne suivra pas. Il n’y aura alors plus grand-chose de possible à part de nouvelles élections puisque les vaisseaux d’un gouvernement avec la N-VA sont désormais brûlés au PS.

Le point de non-retour a donc été franchi. Cette dramatisation peut apparaître à certains comme irresponsable. Mais c’est oublier un peu vite que brûler des vaisseaux est peut-être la seule manière d’éviter que la flotte des partis traditionnels, y compris la N-VA, ne fasse naufrage. Car la flotte prend l’eau, les sondages sont ravageurs, le radeau de la méduse n'est pas loin. Faire durer la crise est encore plus irresponsable que de sacrifier quelques navires.


 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK