Quand le deux-roues devient branché

De loin, rien ne différencie cette moto d'une autre. Mais regardez le moteur de près...
2 images
De loin, rien ne différencie cette moto d'une autre. Mais regardez le moteur de près... - © Tous droits réservés

Si on m’avait dit un jour que j'en passerais cinq au guidon d’une moto électrique, j’aurais bien rigolé. Mais ça, c’était avant. Avant le Dieselgate, avant la prise de conscience des enjeux climatiques, avant la naissance de Greta Thunberg. Car ce qui était encore impensable il y a quelques années est devenu réalité : tous les véhicules particuliers peuvent à présent se déplacer grâce à l’électricité. Du vélo à la voiture en passant par le scooter et, à présent, la moto.

Harley Davidson a présenté la LiveWire cet été, mais la petite firme américaine Zero Motorcycle avait pris plusieurs années d’avance. Après quelques modèles fonctionnels mais aux lignes et performances assez modestes pour un prix élevé, on ne peut pas parler de déferlante électrique à l’instar de Tesla chez les voitures. Alors, cette année est apparue la SR/F, une vraie moto pensée pour les motards et non plus comme simple engin de déplacement urbain.

Et l’autonomie, c’est combien ?

Voilà la question qu’on m’a le plus souvent posée lors de ces quelques jours d’essai. Et le plus étrange, c’est que la réponse a rarement satisfait les curieux : "Ça dépend". Car un véhicule électrique, quel qu’il soit, peut voir son autonomie passer du simple au double en fonction de la conduite adoptée et du milieu dans lequel il évolue.

Plus on roule lentement (ville, embouteillage), plus on va loin. A contrario, les axes autoroutiers sont le pire ennemi du moteur électrique, ou plutôt de ses batteries. Ainsi, sur cette moto électrique, on peut sans problème dépasser les 230 km d’autonomie en ville alors qu’on atteindra difficilement 120 km à vitesse autoroutière. Sans parler des différents modes de conduite qui ont aussi une forte influence sur l’autonomie : Eco, Pluie, Route, Sport ou entièrement personnalisable à l’aide d’une application pour smartphone. Et ça, c’est une vraie avancée technologique : on peut se concocter une moto à la carte !

Et le prix, c’est combien ?

Voilà la deuxième question qu’on m’a le plus souvent posée. Ici, il y a bien une réponse, mais elle a souvent refroidi les curieux : "Un peu plus de 21.000 euros !". Et encore, avec le chargeur rapide de 6 kW au lieu de 3 kW et quelques options, on dépasse les 24.000 euros. Une sacrée somme mais qu’il faut relativiser. Si vous avez la grande joie d’habiter en Flandre, vous aurez droit à une prime de 1500 euros ainsi que l’exonération de taxes. Pour le reste du pays, pas d’aide financière et les taxes, heureusement faibles, sont maintenues pour l’instant. Pour tout le monde, il existe une déductibilité fiscale de 15% du montant d’achat, plafonnée à 3010 euros.

Mais là où la moto électrique rattrape son retard, c’est dans les coûts d’utilisation. Pas d’entretien, de vidange, de changement de bougie ou de réglage de soupapes : on ne touche pas à un moteur électrique à la durée de vie quasi illimitée. Une recharge (de 2h30 à 4h30 selon le type de chargeur) coûte à peine plus d’un euro aux 100 km. Et si vous pouvez vous brancher au travail ou si vous produisez votre électricité, vous roulerez gratuitement. Même les freins ont une plus longue durée de vie grâce au freinage moteur qui en profite pour recharger la grosse batterie de 14,4 kWh.

Et le bilan, c’est quoi ?

Au niveau des sensations, la SR/F n’a de leçons à recevoir de personne. En mode sport, avec 110 ch et quasi 200 Nm de couple immédiatement disponible, les reprises sont hallucinantes et s’effectuent dans un silence quasi monacal que seuls les amateurs de moteurs hurlants renieront. Les modes de conduites sont bien étudiés et changent radicalement le comportement de la moto.

Mais la machine n’est pas exempte de défauts : selle dure, finition perfectible, suspensions moyennes, freins difficilement dosables et temps de recharge toujours trop longs comparés aux cinq minutes nécessaires pour remplir un réservoir d’essence. De plus, on s’étonne du choix d’une courroie en caoutchouc pour relier le moteur à la roue. Avec autant de force dans ce moteur électrique, c’est un pari risqué. Très risqué même puisque cet élément s’est cassé lors de notre essai.

Alors, à quoi la moto électrique se destine-t-elle pour l’instant ? Clairement aux trajets domicile/travail ainsi qu’aux balades pas trop longues sans risque d’effrayer et d’enfumer les piétons. Le dosage parfait de la poignée de gaz (pas d’embrayage et pas de boîte de vitesse) permet d’évoluer sans problème à très basse vitesse et la ville ne lui fait pas peur, même si un scooter électrique convient mieux pour moins cher.

Pour être franc, je me vois mal remplacer ma moto thermique pour une électrique tant que les temps de recharge n’ont pas été divisés par dix. Mais si les finances le permettent un jour, j’imagine bien la voir partager mon garage avec sa cousine à essence. Deux philosophies pour une même finalité. Quand on vous disait que rouler à l’électrique, ça va devenir branché…

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK