Quand le CD&V dévoile la Couronne

Le Palais se retrouve en première ligne. Le roi Philippe espérait sans doute pouvoir compter sur le CD&V ; il n’a plus que Koen Geens qui le sépare d’une crise institutionnelle profonde.

Le parti, jadis présenté, comme le défenseur du "trône et de l’autel", joue cette fois la carte de la N-VA. La colère froide de Bart De Wever, dépité de ne pas se voir confier une mission royale, en atteste.

L’amicale pression de la N-VA

"J’attendais à Bruxelles avec des chaussures cirées, prêt à partir chez le roi, car tous les présidents avaient souligné que c’était à moi d’y aller. Mais les choses se sont passées différemment." Du pur De Wever dans le texte, dans les JT flamands.

Au nord du pays, le président de la N-VA tente de faire vivre le fait qu’un accord est possible avec le PS. Il s’attendait à se voir désigné. Même le PS s’y était résigné. Le Palais en a décidé autrement. L’entourage royal entendait pouvoir compter sur le CD & V, il n’a finalement que le seul Koen Geens avec lui.

Le communiqué surprise du Palais définissant la mission de l’actuel vice-premier CD&V offrait un cadre large : "Le Roi a constaté que les discussions entre partis n’ont pas encore permis de former une coalition soutenue par une majorité parlementaire. Il a chargé Monsieur Koen Geens de prendre les initiatives nécessaires permettant la mise en place d’un gouvernement de plein exercice." En clair, de tenter de valider l’une des deux pistes : soit une coalition alliant PS et N-VA, soit une autre sans la N-VA, associant les quatre familles politiques du nord et du sud du pays.

Le "top" du CD&V, surpris par la désignation de Koen Geens qui n’a même pris la peine de consulter son président de parti, a recadré la mission royale : seule un gouvernement PS/N-VA a ses faveurs. Le CD&V souhaite même que cela aille très vite et que Koen Geens ne s’esquinte pas à la tâche. Pour les chrétiens-démocrates, on devrait passer à autre chose (?) la semaine prochaine.

"Le Roi est nu"

Philippe n’est pas Albert II. Ce dernier a le plus souvent laissé les partis agir, ne prenant l’initiative qu’après de larges consultations et s’appuyant sur l’un ou l’autre président de parti. Rien de cela ici. Philippe a longtemps été élevé "politiquement" par Baudouin au point qu’il apparaissait comme son héritier direct tout désigné. Comme son oncle, le roi actuel tient sa charge en haute considération, investi d’une mission de gardien des institutions du pays. Mais les temps ont changé. Politiquement, il a pris des risques, dépassant le cadre consensuel qu’avait pu développer son père. La désignation de Koen Geens n’apparaît pas comme le résultat d’une concertation mais le fruit d’une décision du chef de l’État et de son entourage.

Le CD&V ne l’a pas suivi sur la désignation de l’un des siens. Entre le trône et la N-VA, les chrétiens-démocrates flamands préfèrent les nationalistes.

Le Palais est désormais suspendu à la réussite de la mission de Koen Geens. Et Il l’a un peu cherché…

 

@PhWalkowiak

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