Quand la N-VA perd le Nord…

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

A propos de la N-VA, on ne sait plus trop bien à quels principes se vouer ! Celui de Chirac : les emmerdes, cela vole toujours en escadrille ou le bon vieux principe de Peter : après avoir collectionné les succès, le parti nationaliste a atteint son seuil d’incompétence, ce qui vaudrait essentiellement pour son président. Le constat est patent : après avoir collectionné les succès depuis sa fondation en 2001, la N-VA a perdu la main et son " savoir-faire " politique.

Le tournant d’octobre 2018

Alors que ce parti avait toujours su se placer au centre du débat politique, il se marginalise du fait de ses prises de position. Bart De Wever disposait généralement " d’un coup d’avance " sur ses partenaires, il paraît aujourd’hui le plus souvent à contretemps. La crise autour de la pandémie de coronavirus ne vient que cristalliser un état plus ancien, qui remonte sans doute à la crise gouvernementale que la formation nationaliste a cru bon provoquer autour du Pacte de l’ONU sur les migrations.

Avant cela, la N-VA est la clé de voûte du gouvernement Michel à qui il dicte sa ligne de conduite ; le programme du gouvernement est celui de la N-VA, l’institutionnel en moins. Dans un premier temps, le parti nationaliste ne moufte pas à propos du texte de ce Pacte, bien plus un ensemble de principes qu’un code normatif. Puis arrivent les élections communales de 2018 et tout bascule.

Depuis la N-VA est en zone de turbulences. Turbulences provoquées par le regain de forme du Vlaams Belang. Bart De Wever décide de changer le cap, retour à l’identitaire. Mais les élections de mai 2019 confirment une chose : à ce jeu, l’électeur préfère souvent l’original à la copie. Les derniers sondages le confirment : la N-VA est détrônée de sa place de premier parti flamand par le Vlaams Belang. Et de loin.

Difficile fin de règne pour De Wever

Bart De Wever a perdu la main. Après s’être autoproclamé futur (ministre-) président de Flandre avec Jan Jambon comme postulant au 16, il a fini par faire le contraire tout en passant l’été à crédibiliser son plus grand adversaire dont il veut faire son principal allié (le VB). De même soutient-il les pouvoirs spéciaux à un gouvernement fédéral dont il ne reconnaît pas la légitimité, même provisoire, par ailleurs. Bart De Wever s’enferre, son parti déraille en étant le seul de tout le Parlement Européen à ne pas adopter la répartition de fonds européens pour lutter contre la pandémie, au prétexte que la Wallonie (qui ne demandait rien) recevrait une aumône plus grande que la Flandre. Le gouvernement belge a été obligé de suivre, contraint par la Flandre où Jan Jambon a décidé seul de tout bloquer.

Le stratège De Wever est devenu boutiquier. Ces derniers mois, il est aussi devenu (et de loin) le plus ancien président de parti en fonction de tout le pays (2004).

Même en Flandre, les critiques se multiplient et l’incompréhension prévaut.

Il n’en reste pas moins que la N-VA demeure le premier parti du pays, un élément incontournable de l’organisation politique. Cette fuite en avant d’un parti déboussolé, à la recherche de nouveaux repères, est peut-être une bonne nouvelle pour ses adversaires mais n’augure rien de bon pour une certaine stabilité politique dont un pays a besoin après avoir traversé une crise majeure.

@PhWalkowiak

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