Quand la N-VA affaiblit la Flandre

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La N-VA a perdu le fil. Le plus souvent, le parti dirigé de main de maître (depuis 2004 !) par Bart De Wever a joué la partie avec au moins un coup d’avance. En 2014, le parti nationaliste fort d’un succès électoral historique faisait main basse sur les gouvernements flamand et fédéral.

Même si elle laissait le 16 à un Premier Ministre francophone, la N-VA constituait la clé de voûte du gouvernement du Royaume de Belgique (dont elle souhaite très paradoxalement la disparition), occupait les rouages essentiels et surtout imposait sa ligne politique négligeant notamment les Francophones.

Pas une seule ombre au tableau. Un ciel bleu. Et un règne prêt à s’inscrire dans la durée. Aujourd’hui, cela tourne " carré ". Le parti de Bart De Wever reste le plus souvent à côté de la plaque. La crise du coronavirus l’illustre. Que s’est-il passé ?

Communales

Dans le système belge, la commune constitue le rouage alpha. La N-VA, forte de ses succès et de son omniprésence politique, comptait bien en octobre 2018, faire main basse sur une majorité de localités du nord du pays, assises indispensables de conquêtes ultérieures, notamment lors du méga-scrutin (Europe, Chambre, Communauté/Région) de mai 2019.

Et c’est là que tout a basculé. Contre toute attente, c’est toujours le bon vieux CD&V qui conserve la majorité des fonctions de bourgmestres du nord du pays. Panique chez Bart et ses frères. Puisque le Vlaams Belang renaît de ses cendres alors que la N-VA l’a fait quasiment disparaître en 2014, Bart De Wever, poussé par une frange ultra-conservatrice incarnée notamment par Theo Francken, seule figure du parti à rester à flots, provoque alors une crise politique sur la migration. Charles Michel maintient le cap, c’est le pas de trop que les nationalistes tentent de lui imposer. Dans le cadre du Pacte de l’ONU sur les migrations, il garde la Belgique du côté de la dignité. La N-VA s’enferre dans sa logique. Et sert par la même occasion de marchepied aux succès futurs du Vlaams Belang, dont elle légitime le discours et l’approche politique.

Toujours à côté

Secoué par des résultats décevants, Bart De Wever va passer un été à essayer de gouverner la Flandre avec l’extrême-droite tout en prônant une alliance avec le honni Parti Socialiste Wallon (Bruxelles n’existe pas politiquement dans la Vulgate nationaliste) pour diriger et rénover la Belgique !

Conséquence : le Belang caracole dans les sondages et la N-VA se voit éjectée du fédéral, tout en ayant adoubé le PS comme interlocuteur unique de la Flandre au détriment du pourtant socio-économiquement proche MR.

Personnellement, Bart De Wever, bourgmestre, reste marqué par l’ostracisme du printemps et surtout de l’été à l’égard de sa ville, rattrapée avant tout le monde par l’épidémie de coronavirus. Il contraindra à l’automne " sa " Flandre à ne pas embarquer dans le frêle esquif des nouvelles mesures, bricolées à la hâte au niveau fédéral surpris lui aussi par la montée des contaminations pourtant annoncées. Attisée par la logique du VOKA de préserver coûte que coûte (sic), l’activité économique, la N-VA rend la Flandre aveugle, aiguillonnée notamment par un Vlaams Belang qui pousse à ne reconnaître aucune légitimité aux décisions prises au niveau fédéral.

La rancœur et l’agenda politique prennent alors le pas sur le plus élémentaire bon sens sanitaire. La Flandre s’entête. La Flandre refuse cette réalité virale qui la rattrape. Les voix discordantes se multiplient au nord. Mais au moment de constater le gâchis et l’incurie du gouvernement Jambon (où la CD&V Crevits joue contre ses coreligionnaires fédéraux), la N-VA sera la seule à payer l’addition de ses non-décisions.

 

@PhWalkowiak

 

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