Quand la formation d'un gouvernement menace les droits des femmes…

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

En Flandre, les chrétiens-démocrates n’ont toujours pas oublié 1990 quand le CVP décide sous l’instigation de son président Herman Van Rompuy, épaulé par Wilfried Martens et Jean-Luc Dehaene de ne plus faire du droit à l’avortement une question de gouvernement. Jusque-là, les sociaux-chrétiens avaient bloqué toutes les avancées, faisant de la Belgique un des derniers pays d’Europe Occidentale où les femmes ne disposaient pas du droit d’avorter et risquaient la prison.

La nostalgie du CVP

Jusque-là, la famille catholique avait utilisé sa position dominante pour bloquer les avancées éthiques (la Belgique fut l’un des derniers pays européens à abolir la peine de mort en 1996). Le renvoi de cette famille politique dans l’opposition en 1999 après 40 ans de présence au pouvoir allait permettre à la Belgique de devenir l’un des pays les plus progressistes en matière éthique. Le CVP, devenu CD&V, ne l’a jamais véritablement toléré d’autant que ces avancées coïncidaient avec le déclin rapide du parti, tombé à son plus bas niveau en mai 2019 (12 députés pour 29 il y a 25 ans).

Le CD&V, traumatisé, retourne à ses fondamentaux éthiques, s’accroche à la N-VA qui désormais a elle aussi adopté une ligne conservatrice sur ces sujets après avoir, à la différence du parti chrétien, voté le mariage pour tous, l’euthanasie, etc.

Avec un Vlaams Belang en net regain de forme, un front conservateur est désormais majoritaire en Flandre.

Chantage

Le CD&V l’a fait savoir dès le retour de la dépénalisation complète de l’IVG à l’agenda de la Chambre : pas question de voter ce texte avec une majorité alternative. Chantage. Les Chrétiens-démocrates flamands refusent tout élargissement du droit à l’avortement sans que cela ne figure dans un programme de gouvernement et comme ils refusent notamment l’allongement du délai d’intervention à 18 semaines après la conception.

Pourtant, il existe une majorité politique pour aligner en la matière la Belgique sur les pays voisins : fin de toutes les sanctions pénales, IVG jusqu’à 18 semaines, délai de réflexion ramené à 48h. Pratiquement toutes les associations féminines soutiennent la réforme et une large part des professionnels du secteur. Le Conseil d’Etat ne retrouve rien à redire à la proposition de loi socialistes-libéraux-écologistes-PTB-DéFI.

Cette loi vient d’être mise à l’ordre du jour de la Chambre de jeudi prochain. Il n’y a plus qu’à voter cette loi qui consacre le choix des femmes et leur droit à la Santé. Un symbole en cette période.

Mais le CD&V entend lier cela aux négociations (?) de formation en cours ; la N-VA, le Vlaams Belang et le cdH ne veulent pas d’une extension du délai à 18 semaines. Même si cela correspond à des aspirations sociales profondes, ces partis multiplieront les recours. La N-VA dira que ce texte n’est pas soutenu par une majorité en Flandre ; le cdH déposera des demandes d’avis au Conseil d’Etat, mais qui n’auront de suites que si le Vlaams Belang les soutient. [1]

Plusieurs partis, le PS notamment, tiennent à mettre à profit cette période de vide gouvernemental pour enfin avancer dans un dossier que bloquerait un accord de majorité. En agissant de la sorte, ils braquent un CD & V déjà meurtri et nostalgique.

Le 8 mars, la Journée Internationale des Droits des Femmes dénoncera toutes les injustices faites aux femmes. Quatre jours plus tard, des calculs politiciens viendront en ajouter.

 

@PhWalkowiak

 

 

[1] Pour que le Conseil d’Etat examine ces recours, il faut que 50 députés soutiennent cette demande, ce qui n’est possible qu’avec les 18 députés du VB, le cdH n’en ayant que 5, le CD & V 12 et la N-VA 25.

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