Quand Elio Di Rupo tente une folie mondiale

Elio Di Rupo évoque l’idée d’un gouvernement fédéral minoritaire en Flandre et ça fait scandale au nord du pays. C'est une "aliénation mondiale, une folie mondiale" selon Jan Jambon, "absolument impossible, on ne laissera pas faire" dit Francken, "déclaration regrettable" dit Yves Leterme, "indigne d’un homme d’Etat" selon le politologue pourtant très modéré Dave Sinardet. Mais qu’est-ce qu’a donc dit Elio Di Rupo qui le voue aux gémonies flamandes ? Que la solution passerait, selon lui, par contourner la N-VA (et sous-entendu le Belang et le PTB), ce qui signifie de facto un gouvernement minoritaire en Flandre. D’un point de vue stratégique, on peut discuter du momentum. Elio Di Rupo a sans doute oublié sa diplomatie légendaire. Mais il reste un bon joueur d'échecs. Il a sans doute voulu accélérer le tempo au risque de brusquer le CD&V, le sp.a et le Vld encore groggy de leur défaite électorale. Wouter Beke estime que la N-VA doit prendre la main et le Vld, par la voix de Bart Tommelein, le renvoie à ses études en disant qu'il n'est pas question que le Vld participe à un gouvernement minoritaire. 

Sur le fond pourtant, Elio Di Rupo a énoncé une banalité, oui la solution sera peut-être un gouvernement minoritaire en Flandre. Mais pourquoi une telle banalité suscite-t-elle des réactions aussi virulentes côté flamand ?

Esprit nationaliste

Sans doute qu’il faut y chercher ce que le socialiste germanophone Karl Heinz Lambertz a appelé durant la crise de BHV le “complexe de minorité”. La Flandre est une majorité qui se vit encore comme une minorité assiégée et les francophones sont une minorité qui se comporte comme si elle était encore une majorité. C’est ce complexe qui explique pourquoi la Flandre politique a plutôt bien vécu avec un gouvernement très fortement minoritaire côté francophone. Seulement 25% des francophones étaient représentés dans la suédoise. Mais qu’ils jugent la situation inverse totalement impensable. Il y a un deux poids deux mesures évident qui révèlent l’emprise de la pensée nationaliste au nord. À lire certaines déclarations, surtout à la N-VA, les francophones sont quantité négligeable dans ce pays.

Trois éléments reviennent depuis hier dans leurs argumentaires, nous sommes majoritaires dans ce pays donc nous devons décider, c’est nous qui payons les factures donc nous devons décider et enfin, les francophones ne peuvent pas exclure autant d’électeurs flamands. 

Ce dernier argument est le plus savoureux alors que la N-VA n'a cessé de dire aux francophones qu’elle ne voudrait jamais de la gauche ce qui veut dire exclure près de trois quarts des électeurs wallons. Ce qui est indiscutable pour la Flandre nationaliste ne l’est pas pour les francophones.

Face à une telle vision dominatrice de la Flandre, les partis francophones sont bien démunis. Ils sentent bien qu’ils risquent de devoir discuter du confédéralisme plus vite qu’ils ne le pensaient. Or ils sont divisés, mal préparés et pour beaucoup, sans vision. Il faudra que les francophones, les partis et les citoyens répondent rapidement à cette question, entre un fédéralisme sous domination nationaliste et un confédéralisme, un état de séparation de fait, quelle est la moins pire des solutions ?

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