Crise du coronavirus: quand ce n'est pas interdit, c'est que c'est autorisé

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La Belgique politique croise les doigts. Les chiffres de la pandémie ne sont chez nous, pas les plus alarmants. Pour une fois. Comment garder le cap ? Pourtant, on semble revenir à la situation d’il y a un an, quand on estimait que le virus pouvait s’arrêter à la frontière. Et pour ce faire, rien de plus simple (simpliste ?) que d’interdire tout déplacement hors frontière. Sauf que la mesure est impossible à mettre en œuvre. Trop de contrôles, trop de tests, trop de traçages. Pas de dispositif législatif. Et les derniers mois ont tristement démontré que ce pays n’était pas le plus performant dans ces matières. Reste alors un pis-aller : faire peur.

Même pas la peur du gendarme

"La vocation des policiers, ce n’est pas de faire du baby-sitting", le bourgmestre de la capitale wallonne, Maxime Prévot (cdH) a le mérite de la franchise. Tous les contrôles imaginés par les éminences fédérales se heurtent inéluctablement à la réalité du terrain. Non seulement, il est impossible d’interdire légalement les déplacements hors frontière, il est de plus matériellement impossible d’en contrôler le substitut, à savoir les tests et les mises en quarantaine. Les autorités régionales voulaient l’imposer à tous les bourgmestres. Impossible.

Le matamoresque ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD) ressort la menace d’une amende de 250 € pour qui ne se ferait pas contrôler à son retour. Mais comment effectuer ce contrôle du manque de contrôle ? Ou quand on se paye 10 jours à Megève ou à Dubaï, craint-on 250€ d’amende ? Une fois plus tout cela sent l’improvisation, ou pire l’impuissance.

D’ici fin de semaine, on ne pourra que réentendre les duettistes De Croo-Vandenbroucke répéter que les voyages sont "fortement déconseillés" et que ceux qui outrepassent ce déconseil devront se faire dépister, sans réel contrôle possible.

Limites

Depuis presque un an, la population se soumet bon gré mal gré aux recommandations sanitaires formulées par ses représentants politiques. Cela n’a pas empêché la Belgique d’enregistrer le plus haut de mortalité de toute la planète ! Les maisons de repos belges ont comptabilisé les morts par milliers. Pourquoi de tels chiffres chez nous ? Timidement, les commissions parlementaires spéciales contournent la question. Les responsables politiques fédéraux de l’époque n’ont même pas encore été entendus à la Chambre ! L’histoire officielle écrira que si la Belgique a connu la pire situation épidémique, personne n’en est responsable. La faute à "pas de chance". Circulez, il n’y a rien à voir.

Cet entre-soi, cette exonération facile de responsabilités ne facilitent pas l’adhésion d’une population qui a pourtant été exemplaire jusqu’ici, comme le montrent les derniers chiffres de contamination post-vacances de Noël.

Pourtant, il est facile de tomber à bras raccourcis sur cette mère de famille sortie de quarantaine trop vite et rapidement soupçonnée d’avoir contaminé deux écoles anversoises. Partir au ski n’était pas interdit, pourtant. Les voyages sont déconseillés, les agences de voyages grandes ouvertes.

Malheureusement, petit à petit, les interdictions répétées atteignent leurs limites psychologiques. Ainsi, on ne sait pas encore dans quel état on retrouvera les étudiants enfermés quasi seuls dans leur kot, face à un écran, depuis des mois.

Et donc, ce qui n’est pas interdit, reste autorisé. Cela constitue plus que jamais, une réalité avec laquelle nos dirigeants doivent composer.

 

@PhWalkowiak

Quarantaine non respectée après des vacances au ski (19/01/2021)

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