Publifin ou les limites de la particratie

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

A chaque jour ou presque, ses révélations, ses rebondissements. L’affaire Publifin n’en finit pas d’agiter le monde politique, bien au-delà de Liège, au-delà de la Wallonie puisqu’on en vient notamment après la Flandre, à mettre le nez dans les intercommunales bruxelloises, ses émoluments hors-normes avec là aussi des ministres obligés d’agir dans l’urgence.

La panique ne finit pas

Ce sont désormais les pratiques dans tous les organismes publics et parapublics qui sont passées au peigne fin. Les élus ne sont plus les seuls "cœurs de cible", les salaires de tous les mandataires, souvent ex-membres cabinets placés dans des organismes d’intérêt (sic) public sont scrutés. Le moindre député provincial voit ou verra son activité décortiquée.

A chaque fois, rien de bien de nouveau, une impression de on a toujours fait comme ça et surtout des politiques qui jurent la main sur le cœur qu’ils vont prendre rapidement des mesures, qu’ils ne "le feront plus" avec la candeur d’un bambin surpris à piller l’armoire à bonbons !

"Tous savaient"

Je ne savais pas, j'aurais pu le savoir et c'est vrai, je n'ai pas cherché à le savoir, …, l’aveu d’impuissance de Paul Furlan le jour de sa démission mi-janvier est devenu la ligne de défense de toute la classe politique, de celle qui était à la manœuvre indirectement en tout cas.

A Liège, André Gilles ou Stéphane Moreau apparaissent subitement bien seuls. Au Parti Socialiste, on arrive encore à s’en sortir en répétant que les autres, MR, cdH et même ECOLO étaient mêlés au "système" Publifin.

Elio Di Rupo reste silencieux comme Didier Reynders longtemps l’homme fort des libéraux liégeois ou Daniel Bacquelaine, l’actuel président du MR de la province. Ceux-là espèrent toujours que l’incendie Publifin se circonscrira à la seule intercommunale liégeoise. Et c’est là sans doute toute la limite de l’actuelle commission d’enquête du parlement wallon : des politiques enquêtent sur des politiques, qui sont leurs proches voire leurs amis.

Et plus globalement, c’est sans doute le fonctionnement-même des intercommunales qui devrait remis en cause, avec des communes qui ne s’occupent pas trop de ce qui s’y passe, par crainte souvent de fâcher les hommes forts du coin, des administrateurs sans véritables compétences de gestion, des jetons de présence en guise de récompense électorale et comme déjà rappelé ici, "après-guerre, pour éviter une nationalisation comme en France, Italie ou Grande-Bretagne, les sociétés Unerg, Intercom ou Ebes (où l’on retrouvait la Générale ou GBL notamment) ont su se concilier les bonnes grâces des partis politiques. Toutes les communes ou provinces touchaient d’importants dividendes de leurs participations dans ces sociétés. C’est aussi ce monopole de fait qui allait faire des prix de l’électricité en Belgique, l’un des plus élevés d’Europe"[1].

Au-delà du cas spécifiques des intercommunales d’énergie, c’est aussi la manière dont les partis ( la Belgique reste une particratie) ont finalement géré la "chose publique" qu’il conviendra de remettre à plat.

@PhWalkowiak

[1] Chronique du 7 juillet 2012

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