Publifin: "on a toujours fait comme ça" (suite et pas fin)

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

De quoi finalement l’affaire Publifin est-elle le révélateur ?

De montages juridiques pour éluder les contrôles ? D’une volonté liégeoise d’un investisseur public ? De partis politiques de se servir au passage ? D’un simple esprit principautaire frondeur ? D’une entente politique ? De l’ambition d’un homme, Stéphane Moreau ? Ou d’un peu tout cela à la fois ?

Les enfants d’André Cools

Publifin ou Nethys sont les descendants directs de la vénérable Association Liégeoise d’Électricité fondée en… 1923 autour de l’institution provinciale liégeoise.

Dans les années 80, confronté à la déglingue économique du bassin liégeois et l’absence d’opérateur privé, André Cools lance le projet Neos, projet d’holding qui agrègera progressivement des acteurs économiques publics du bassin liégeois. Assez rapidement apparaît dans les chevilles ouvrières, un certain Stéphane Moreau. L’assassinat du "maître de Flémalle" en 1991 et ses suites judiciaires ralentira le projet qui se poursuivra envers et contre tout et dont, en quelque sorte, Stéphane Moreau est le dernier maître d’œuvre, réalisant l’ambition de feu André Cools. Nethys est actif dans de nombreux secteurs (électricité, communication, éolien, etc…), dégage des bénéfices. Dans son dernier rapport (2015), Publifin annonce un chiffre d’affaires de 759 millions, des bénéfices et des dividendes, reversés partiellement aux 76 communes liégeoises actionnaires.

Le projet a mobilisé les forces vives liégeoises, mobilisant dans les trois partis traditionnels ou confiant par ailleurs la présidence de Meusinvest à l’Ecolo Jean-Michel Javaux. Cause commune liégeoise.

Éviter la tutelle

Mais petit à petit, au fur et à mesure que des contrôles ou règles plus stricts s’appliquaient aux intercommunales, le statut devenait trop étroit. En intégrant Fourons, Tecteo devenait une intercommunale présente dans les trois régions du pays, échappant aux législations d’une Belgique régionalisée sur cette matière. Il aura fallu que… Paul Furlan négocie avec la Flandre pour que Tecteo repasse dans le giron wallon. Trop tard. Tecteo se métamorphosait en Nethys, société de droit privé, gérée par le holding intercommunal PubliFin à travers la S.A Finanpart (où on retrouve les fidèles de Stéphane Moreau, comme l’ex-directeur-général de RTL-TVi Pol Heyse) afin d’éviter que les administrateurs publics ou un ministre wallon de tutelle ne mettent son nez dans les affaires de Moreau et Cie.

De plus, PubliFin (comme Ores) ont obtenu du parlement wallon un décret taillé sur mesure pour continuer à verser des "indemnités" à tout une série d’administrateurs publics pour le moins désœuvrés dans lesquels on retrouve des représentants des partis traditionnels désignés par leurs instances (comme Dominique Drion pour le cdH de Liège ou Pierre-Yves Jeholet pour le MR de l’arrondissement de Verviers). Si le Parti Socialiste apparaît clairement comme le plus impliqué, la vice-présidente de PubliFin était une député wallonne… MR, Virginie Defrang-Firket à qui il a été demandé de se retirer… jeudi dernier !

Les indignations actuelles sont pour le moins feintes. Elles font toutefois parties du jeu politique même si finalement, dans cette affaire, aux ramifications politico-financières douteuses, tant les jetons de présence démesurés, les salaires plantureux que les cumuls éhontés l’ont été… en toute légalité ! C’est peut-être là, le véritable "scandale"…

@PhWalkowiak

 

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