PS et N-VA sont dans un bateau,…

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Si la N-VA accepte des mesures " de gauche ", pourquoi ne pas gouverner avec elle ? Si le PS accepte des mesures " de droite ", pourquoi alors ne pas gouverner avec lui ?

Pour les distraits, nous ne sommes pas fin mai 2019, au lendemain d’un scrutin qui a notamment fait subir aux deux principales formations politiques du pays une lourde défaite électorale, mais bien en juillet 2020 au sein d’une crise sanitaire mondiale et juste avant la principale crise économique, sociale et budgétaire depuis la Seconde Guerre Mondiale.

Accro au pouvoir

Quand en 2014, le Parti Socialiste s’est retrouvé dans l’opposition fédérale après 26 ans de présence ininterrompue dans tous les exécutifs du Royaume, toute une génération qui n’avait connu que le pouvoir a été " traumatisée ". Cela fera bientôt 6 ans que le PS ne dispose plus de ministres au niveau fédéral. Soit à peu près autant de temps que l’opposition des années Martens-Gol (décembre 1981-mai 1988). Pour un parti de gouvernement, c’est très long, d’autant que cette dernière cure d’opposition, à la grande différence de la précédente, n’a pas permis aux socialistes francophones de se " refaire ". Pire, le parti est tombé à son plus bas niveau historique et désormais, autre première, la gauche non-socialiste (Ecolo, PTB) pèse plus que le vénérable PS (maison fondée en 1885).

Avec des socialistes flamands qui se sont fait fort d’arracher des mesures sociales fortes aux partis " de droite " (ce qui reste à prouver), le PS ne pouvait pas rester plus longtemps sur la touche. Malgré les dissensions internes sur le sujet, le président Magnette daigne finalement envisager de gouverner avec l’ennemi juré… et inversement.

Accro au national-populisme

PS et N-VA connaissent le même problème : être dépassé dans son core business, avec un PTB plus social-radical, en lien avec la FGTB pour le premier, avec un Vlaams Belang 2.0 plus national-populiste-radical pour l’autre.

Après sa défaite électorale des communales d’octobre 2018, la N-VA a tenté de radicaliser son discours, de quitter la posture de " parti de gouvernement ", provoquant la chute du gouvernement Michel dont elle était pourtant la clé de voûte, sur la question migratoire. En courant après le VB, la N-VA s’est affaiblie.

PTB et VB ont renoncé de facto à gouverner. PS et N-VA ne pouvant les suivre, il ne leur reste plus qu’à peser sur la réalité, donc sur la politique gouvernementale à mener. Sur ce terrain, Bart De Wever et Paul Magnette se rejoignent ; ils disent vouloir prendre leurs responsabilités. Assumer la prise des décisions. Reste à s’entendre sur lesquelles !! Et là, c’est (très) loin d’être gagné.

Contraints et forcés, les deux partis sont dans le même bateau.

Le PS compte peser sur les mesures sociales qui s’annoncent, la N-VA sur les mesures économiques et budgétaires. PS et N-VA envisagent des changements institutionnels, pour plus d’efficacité. Nouvelle réforme de l’état en approche.

Pour l’instant, tout cela ne va pas plus loin que d’éventuels intitulés de chapitre. La négociation sera plus terrible encore que le principe même d’éventuellement entrer en négociation.

A ce stade, on peut dire qu’un gouvernement fédéral avec Theo Francken et Ahmed Laaouej dans le même kern, n’est pas pour tout de suite (euphémisme).

 

@PhWalkowiak

 

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