PS-cdH: touché! Coulé?

Philippe Walkowiak
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Philippe Walkowiak - © RTBF

Cela fait 35 ans que la Wallonie et la Communauté française/Fédération Wallonie-Bruxelles disposent de gouvernements/exécutifs propres. Sur cette période, les sociaux-chrétiens/démocrates-humanistes et les socialistes ont été associés pendant 28 ans ! Le mobile de l’usure du pouvoir est donc bien bancal.

Sauver le cdH, ou ce qui en reste

Dans notre dernier baromètre de mars, le cdH n’était plus crédité que de 9,9% des intentions de vote en Wallonie (14% aux élections de 2014) et de 6% à Bruxelles (9,4% en 2014). Cinquième parti wallon et sixième (!) à Bruxelles, le cdH joue clairement sa survie. Homme des chiffres électoraux, Benoît Lutgen le sait et le PS ne représente plus la garantie absolue de rester au pouvoir.

Dans le contexte de "bonne gouvernance" actuel, le président-député-bourgmestre de Bastogne se devait de prendre les devants, éviter que son parti ne soit entraîné par le PS dans sa chute. Il a pris les devants sans avoir de garanties sur la faisabilité d’une nouvelle coalition mais ce risque-là semble à Benoît Lutgen moins grand que celui de parti "scotché" au PS, quelles que soient les dérives de celui-ci. Si le PS est groggy, le cdH saute dans le vide. Le navire socialiste prend l’eau, la chaloupe de sauvetage centriste n’est pas sûre d’atteindre un rivage.

Les difficiles majorités

On le sait, les chiffres sont têtus. En Wallonie, avec 38 sièges sur 75, une majorité MR-cdH, si elle est arithmétiquement réalisable, est politiquement hautement instable et il faudrait donc convier Ecolo (4 députés), pas véritablement demandeur d’une coalition qui pencherait nettement à droite.

Quand bien même, Ecolo souhaiterait alors dans la foulée faire partie du gouvernement bruxellois mais une alliance MR-CDH-Ecolo est insuffisante et il conviendrait alors d’inviter DéFI, indispensable à toute majorité bruxelloise sans le PS. Ecolo pourrait aussi exiger que Groen, son allié de toutes les majorités, monte aussi au gouvernement bruxellois, ce qui reviendrait à revoir les équilibres côté flamand.

Une potentielle alliance MR-cdH-DéFI recueillerait une très courte majorité (37 sièges sur 72) mais dépendrait du seul Armand De Decker et serait plus généralement instable. La situation est similaire au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Se sachant indispensable, Ecolo et/ou DéFI peuvent se permettre d’être exigeants. Très. Olivier Maingain a déjà fait savoir que le cdH devrait écarter Joëlle Milquet, inculpée et le MR faire de même avec Armand De Decker ou Alain Courtois sous instruction judiciaire. Ecolo voudra voir le décumul intégral député-bourgmestre mis rapidement en œuvre, ce à quoi rechignent MR et cdH. Sans compter tous les autres dossiers : survol de Bruxelles, réforme fiscale, stade national, etc.

Tout cela devra prendre du temps. Il n’est pas exclu que faute d’accord de majorité, une coalition minoritaire MR-cdH se mette en place, faisant voter des textes a minima ou sur base d’accords ponctuels, pour tenir jusqu’en mai 2019, seul terme possible de l’actuelle législature régionale.

La crise politique ne fait que commencer et rien n’oblige légalement les partis à se mettre d’accord…

@PhWalkowiak

 

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