Proximus, le piège politique

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Proximus (ex-Belgacom, ex-RTT) est une entreprise publique autonome… et Charles Michel (et avec lui une large part de la classe politique) vient d’apprendre à ses dépens que publique et autonome demeurent dans ce cas de figure, des notions antinomiques.

Impuissance

Proximus entend donc se séparer de 1900 travailleurs tout en engageant 1250 autres, d’un profil tout à fait différent. En clair, l’entreprise publique veut se débarrasser de ses " vieux " pour engager des digital natives renvoyant le gouvernement fédéral à ses contradictions.

Le pouvoir politique entend faire en sorte que les plus de 55 ans restent plus longtemps au travail mais dans le même temps, il souhaite que " son " entreprise reste performante, bénéficiaire dans un milieu concurrentiel et lui garantisse son dividende annuel (1 milliard € sur les quatre dernières années !).

De plus, le gouvernement fédéral fait mine de découvrir le plan de restructuration d’une entreprise qu’il contrôle. Les partis de la majorité mais aussi de l’opposition PS, siègent dans le conseil d’administration de l’opérateur public.

Le statut actuel de l’entreprise, son indépendance vis-à-vis du politique, la privatisation partielle a été concocté par le duo Dehaene-Di Rupo.

La logique qui prévaut c’est donc bien celle d’une entreprise privée qui se doit d’être rentable, même si elle dispose majoritairement de capitaux publics. Ne déplaise, Proximus fonctionne comme n’importe quelle autre entreprise et les pouvoirs publics s’en trouvent aussi démuni que pour Renault, Ford, Caterpillar, etc.

Campagne

Les suppressions d’emploi chez l’ex-Belgacom résonnent bien entendu particulièrement en ce début de campagne électorale. Le Premier Ministre a été obligé de marquer le coup en convoquant la patronne de Proximus. Dans le même temps, le vice-premier CD&V Kris Peeters donnait les détails du plan de l’opérateur public. Le gouvernement demande d’éviter les " licenciements secs " … ce qui devrait être de toute façon le cas puisque le plan vise essentiellement les 3000 statutaires qui restent dans l’ex-RTT et que ceux-ci ne peuvent être licenciés purement et simplement.

S’invitera aussi dans la campagne le débat sur les prépensions (appelée aujourd’hui RCC, Régime de Chômage avec Complément d'entreprise) ; déjà au sein de l’équipe fédérale, les points de vue divergent sans compter la N-VA qui refuse ce recours.

C’est enfin le Pacte National d’ Investissement, cher au Premier Ministre et dont Dominique Leroy est un des moteurs, qui a incité Proximus à presser le pas de la digitalisation.

Dans ce dossier, toute une classe politique, équipe fédérale en tête, doit bien constater son impuissance et ses contradictions.

Difficile à justifier ou à expliquer aux citoyens-électeurs en pleine campagne.

 

@PhWalkowiak

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