Précarité menstruelle : activisme féministe d'un nouveau genre

Précarité menstruelle: activisme féministe d'un nouveau genre
Précarité menstruelle: activisme féministe d'un nouveau genre - © Tous droits réservés

Retour et mise en perspective d’une campagne virale menée par une étudiante parisienne sur Instagram. Son objectif : dénoncer la cherté des protections hygiéniques et lever un tabou. Cette jeune femme s’appelle Iréné, 20 printemps et un culot monstre. Cette étudiante venue du Canada s’est lancée la semaine dernière, dans une déambulation un peu spéciale à Paris. Elle s’est rendue à la fac, sans protection hygiénique. Elle a posté des photos d’elle sur Instagram ainsi que ses impressions. L’action féministe et artistique est devenue virale, mais ce n’est pas la première à avoir posé un tel acte. Me too étant passé par là, on en parle plus qu’avant. Instagram a censuré, par le passé, de tels clichés. Une artiste indo-canadienne Rupi Kaur s’est vue supprimer en 2015, deux clichés d’elle en pyjama taché de sang. Elle s’en est plainte en arguant qu’« elle n’allait pas s’excuser, ne pas alimenter l’ego et la fierté d’une société misogyne qui veut bien voir son corps en sous-vêtements mais n’est pas d’accord avec une petite fuite ». Quelques semaines plus tard, la musicienne britannique Kiran Gandhi courait le marathon de Londres pendant ses règles… et sans protection hygiénique pour attirer l’attention du public sur le sort des nombreuses femmes qui n’ont pas accès aux tampons et serviettes à travers le monde.

S’attaquer au tabou lié aux règles

Les femmes n’expriment la situation qu’à demi-mot et dissimulent les protections. Une étude de la Coalition Internationale pour la Santé des Femmes met en évidence que la quasi-totalité des femmes utilisent des euphémismes pour parler de leurs menstruations. La stand-upeuse Farah parle d’ailleurs de cette omerta intériorisée par les femmes dans l'un de ses sketches. Il existerait ainsi plus de 5000 expressions dans le monde pour évoquer cette période ou le sang des règles.

Lever un tabou mais aussi dénoncer le coût des protections périodiques

Les protections hygiéniques sont encore un produit de luxe pour de nombreuses femmes. Chez nous, la Chambre a approuvé l’année dernière un projet de loi qui consacre la diminution de la taxe sur la « protection hygiénique intime », de 21 à 6% à la suite notamment de l’action du collectif « belges et culottées ». Mais des femmes doivent encore s’en passer chaque mois car cela reste trop cher. Elles réclament la prise en charge totale du prix des protections hygiéniques par l’État. Ce phénomène s’appelle la « précarité menstruelle ». En Belgique, deux amies bruxelloises ont lancé l’association « Bruzelle » pour aider les femmes précarisées. L’idée est de collecter des protections hygiéniques pour les redistribuer aux plus démunies. Des boîtes Bruzelle sont installées dans différents lieux de la capitale. Pour revenir au profil d’Iréné, cette jeune femme qui a déambulé dans Paris, elle fait partie de cette génération Z qui se revendique comme féministe, comme 61% des filles de 15 à 20 ans en France. Cette génération développe de nouvelles formes d’activisme. Ces ados et femmes sont nées avec internet et veulent voir le monde à l’horizontal, d’égal.e à égal.e. même si internet reste un lieu où le harcèlement à l’égard des femmes est courant, comme l’a encore démontré l’affaire de la ligue du LOL.

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