Pourquoi le Vlaams Belang reste vraiment un parti d'extrême droite

Dans le CQFD de Soir Première, Arnaud Ruyssen reçoit Benjamin Biard, docteur en sciences politiques et chercheur au CRISP et Marc Swyngedouw, professeur de sciences sociales à la KULeuven. Ensemble, ils abordent la montée du Vlaams Belang. Près de 18% des électeurs flamands ont voté pour le parti dimanche dernier. Le parti de Tom Van Grieken semble s’être réinventé, en tout cas c’est ce que certains pensent au point de remettre en question le cordon sanitaire.

Avant de se poser la question, il est important de définir ce qu’est un parti d’extrême droite. Benjamin Biard rappelle que ce type de formation politique est caractérisée par trois éléments. « Le premier, c’est un inégalitarisme de fait ; c’est-à-dire que les individus dans une société ne sont pas égaux. Le deuxième, le parti tend vers un nationalisme assez fort. Enfin le troisième élément, ce sont les moyens radicaux, violents ou antidémocratiques qui tendent vers ce nationalisme. »

Benjamin Biard précise aussi que, si l’on doit évoquer un changement dans le parti « il se situe en 2004, au moment du changement de nom, le Vlaams Blok devient le Vlaams Belang, suite à un procès pour incitation à la xénophobie ». « À ce moment-là, les cadres principaux du parti, dont Filip Dewinter, assument clairement qu’il y a de la continuité et que le combat reste le même », insiste le chercheur. Depuis cette date, plusieurs changements se sont opérés. Par exemple, l’arrivée d’un nouveau président, Tom van Grieken, mais aussi des différences dans le programme.

Marc Swyngedouw confirme, « le parti a changé de style ». « Par exemple, on ne parle plus du programme de 70 points du Vlaams Blok qui abordait la question migratoire. Mais même si le programme a changé, il y a une continuité entre le Vlaams Blok et le Vlaams Belang », précise le politologue.

Ancienne et nouvelle génération

D’autant que lorsque l’on regarde de plus près certains points du programme du Vlaams Belang, « on constate des points discriminatoires, racistes. Par exemple, sur l’octroi de logements sociaux avec une priorité pour la population autochtone flamande. […] Autre point, qui veut que l’Islam ne soit plus reconnu comme religion, ou encore que tous les musulmans signent une déclaration de loyauté, en affirmant l’égalité des hommes et des femmes. Bref, des points discriminants sur base de la religion plus particulièrement l’islam », énumère-t-il. De son côté, Benjamin Biard est formel : « Les bases historiques du parti sont toujours bien là. »

Si des points communs subsistent avec les origines du parti, le programme diffère pourtant. Selon le chercheur au CRISP, deux tendances se côtoient : « Celle de la nouvelle génération incarnée par le président Tom Van Grieken et celle de l’ancienne génération, incarnée notamment par Filip Dewinter. » Mais alors, quelles différences entre les deux ? « Les différences de la nouvelle avec l’ancienne génération se situent dans la prétention à participer au pouvoir, dans l’élargissement de l’éventail du programme avec les questions socio-économiques, mais aussi dans le style plus modéré », répond Benjamin Biard. Marc Swyngedouw précise toutefois que « certains nouveaux élus ont été accusés de racisme et conservent des traits du parti historique », une modération toute relative, donc.

Enfin à la question du cordon sanitaire, au vu des points évoqués ci-dessus Marc Swyngedouw et Benjamin Biard ne voient pas de raison de le remettre en cause.

 

 

 

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