Pourquoi l'affaire El Kaouakibi passionne le nord du pays

C’est une affaire qui continue de faire grand bruit en Flandre : depuis maintenant 3 semaines, la députée flamande Open Vld, Sihame El Kaouakibi, est au cœur de la tourmente. En cause : des soupçons de malversation qui pèsent sur elle et sur son asbl. Le sujet était au cœur de la chronique "Vu de Flandre" présentée sur La Première par Joyce Azar, journaliste à la VRT.

L’affaire a eu l’effet d’une petite bombe dans le monde politique et culturel anversois. Début février, un audit indépendant a pointé du doigt des transferts d’argent douteux au sein de l’association Let’s Go Urban. Cette asbl offre aux jeunes issus de milieux défavorisés la possibilité d’exprimer leurs talents dans différents domaines artistiques ainsi que dans l’entreprenariat.

Un joli projet, donc, qui a bénéficié d’importants subsides, accordés en grande partie par la Ville d’Anvers. Mais désormais, l’organisation est donc soupçonnée de détournement d’argent, avec au cœur de l’affaire, la députée libérale Sihame El Kaouakibi qui a créé Let’s Go Urban il y a une dizaine d’années. La diffusion du rapport d’audit a ainsi mené à l’ouverture de deux enquêtes judiciaires.

Une affaire qui attire tous les regards

Let’s Go Urban est devenu au fil du temps une organisation de renommée, un exemple en Flandre de la lutte contre l’inégalité culturelle, et un tremplin pour de nombreux jeunes Anversois qui ont ainsi pu lancer leur carrière.

La personnalité de Sihame El Kaouakibi attire également toute l’attention médiatique. La jeune femme d’origine marocaine représente pour beaucoup un rôle modèle, une entrepreneuse à succès, très charismatique, à tel point que les libéraux flamands ont déboursé plusieurs dizaines de milliers d’euros pour l’embarquer à leurs côtés lors des régionales de 2019.

Depuis son entrée au Parlement flamand, l’élue Open Vld s’est souvent fait remarquer pour son engagement en faveur des personnes d’origine étrangère, allant jusqu’à critiquer certaines politiques du gouvernement flamand, dont les libéraux font partie.

Il y a un an, elle lançait aussi un hashtag pour dénoncer les insultes sexistes et racistes qui circulent sur le Net, et dont elle est, elle-même, régulièrement victime. Son appel avait alors été largement relayé.

Vande Lanotte, avocat surprise

Lundi, l’élue Open Vld a une nouvelle fois créé la surprise, alors qu’elle organisait une conférence de presse pour se défendre des accusations dont elle fait l’objet.

Les journalistes ont effectivement été étonnés de voir Sihame El Kaouakibi débarquer en compagnie de Johan Vande Lanotte. Le ministre d’Etat et ancien président du sp.a n’était pas là en tant qu’homme politique, mais bien en tant qu’avocat.

Si le choix de se faire défendre par un socialiste peut paraître étonnant pour une élue libérale, beaucoup estiment que la démarche est plutôt judicieuse. Vu la différence de famille politique, Vande Lanotte ne pourrait que se montrer impartial dans cette affaire. Son implication sous-entendrait par ailleurs qu’El Kaouakabi n’a rien à se reprocher, sans quoi Vande Lanotte n’aurait sans doute pas pris le risque de mettre en péril sa crédibilité.

"Pas d’irrégularités ni d’enrichissement personnel"

Johan Vande Lanotte est donc venu défendre sa cliente, après avoir réalisé un rapport. D’après lui, il n’y a aujourd’hui aucune indication permettant d’établir des irrégularités dans l’utilisation des subsides de l’ASBL, ou encore un enrichissement personnel de Sihame El Kaouakibi.


►►► Flandre : la députée Sihame El Kaouakibi a-t-elle encore un avenir au sein de l’Open VLD après les polémiques ?


Selon Vande Lanotte, des erreurs de versement d’argent ont effectivement été commises, avant d’être immédiatement rectifiées. Il pointe en revanche du doigt une mauvaise gestion financière de l’ASBL, et une comptabilité désastreuse, un constat certes malheureux, mais qui ne constitue pas pour autant un délit.

Vande Lanotte critique aussi l’audit de l’ASBL effectué par un bureau indépendant, estimant que ce dernier a fait des erreurs de calcul, ce qui, d’après l’avocat, remet en question le sérieux du rapport, et son impartialité.

Une boxeuse à l’avenir incertain

L’enquête judiciaire qui se poursuit devra démêler le vrai du faux, mais beaucoup se demandent si Sihame El Kaouakibi a encore un avenir en politique. Ce qui est sûr, c’est qu’elle ne compte pas s’avouer vaincue. "Je suis une boxeuse, et j’ai été mise K.O.", a-t-elle déclaré lors de la conférence, en rajoutant qu’"il n’y a pas de honte de tomber, et qu’il est parfaitement possible de se relever".

En attendant, l’élue a été suspendue par l’Open VLD pour une durée de 6 mois qui pourra être raccourcie ou prolongée selon le déroulement et les résultats de l’enquête. D’après certaines rumeurs, El Kaouakibi pourrait passer dans les rangs du sp.a, ce qui expliquerait – selon ces mêmes rumeurs – le choix de Vande Lanotte comme avocat. La seule certitude aujourd’hui, c’est que la jeune femme restera pour un certain temps encore sur le devant de la scène publique.

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