Pour les Francophones, la même chose

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

A un peu plus de dix jours du verdict des urnes, l’heure est aux exclusives, comme si chacun abattait les derniers atouts de son jeu, les éléments susceptibles de convaincre les derniers indécis.

Chacun se livre. Bart De Wever martèle : Je n’ai posé aucun veto en Flandre. Je suis juste contre le PS et Ecolo au niveau fédéral… et est aussi opposé à une alliance avec le PTB ou DéFI, là cela va même sans le dire.

Alliance…

Si la N-VA, de loin premier parti flamand, entre au gouvernement fédéral, elle n’entend donc s’allier qu’au MR, voire au cdH (qui a quant à lui quelques réticences à envisager un tel attelage). Aujourd’hui, les deux formations représentent 29 des 63 députés francophones. En fait, MR et cdH ne représentent plus la majorité des Francophones depuis 2007 ; le départ du FDF de la fédération MR pèse aussi.

La N-VA peut donc espérer trouver des alliés « à sa convenance » au sud du pays, mais cela reste hypothétique, au regard de l’évolution du paysage politique francophone et des dernières enquêtes d’opinion.

Sur base des résultats des élections provinciales d’octobre dernier, MR et cdH ne disposeraient que de 25 des 63 députés francophones de la Chambre (Source : CRISP).

… hypothétique

Certes, constitutionnellement, le gouvernement doit simplement disposer du soutien de 76 députés (sur 150), sans aucune obligation linguistique. Mais comme le souligne Bart De Wever, la Belgique se compose de deux démocraties ou pour être plus précis, de deux opinions publiques ou de deux électorats pouvant se comporter très différemment. Le Belgique est aussi le seul pays fédéral au monde à ne plus disposer de partis « nationaux » (PTB excepté) et où chaque député se voit automatiquement et légalement attribuer un « sexe linguistique ».

Dans les milieux nationalistes flamands, il est souvent tentant d’user de cette loi du nombre pour prendre les rênes de l’État fédéral. Si déjà le gouvernement Di Rupo (où se trouvaient aussi Open VLD et CD & V) ne disposait pas d’une majorité au nord du pays d’un cheveu (43 contre 45), il avait au moins pu dégager des majorités pour une réforme de l’état. La N-VA gouvernait également la Flandre avec libéraux et chrétiens-démocrates.

Repartir pour cinq ans avec un gouvernement fédéral qui n’aurait pas de majorité dans les deux communautés présenterait un risque majeur pour la stabilité du pays. Les Francophones doivent pouvoir à nouveau se sentir représentés par le gouvernement fédéral, quelle que soit la coalition qui constitue celui-ci.

La Flandre a assez souffert de sa minorisation dans l’État belge pour le savoir ; mais c’est sans doute là que réside aussi le calcul de Bart De Wever : que les Francophones, aussi, ne se sentent plus représentés par cet état « belge » et acceptent plus facilement ce confédéralisme qui lui tient tant à cœur.

 

@PhWalkowiak

 

 

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