Pour le CD&V la crise n'a pas encore assez duré

Pour le CD&V la crise n'a pas encore assez duré
Pour le CD&V la crise n'a pas encore assez duré - © Tous droits réservés

Le roi donne deux semaines au MR et au CD&V pour "clarifier davantage les différentes positions". Mais qu’est-ce qui n’est pas clair ? C’est clair que pour le CD&V la crise n’a pas encore assez duré. Après plus d’un an et 27 jours 07 heures et 35 minutes sans gouvernement il n’y a pas assez d’eau qui a coulé sous les ponts. Il n’y a pas assez de lassitude, pas assez de dégâts à la démocratie, pas assez d’urgence pour justifier que le CD&V sorte de sa léthargie pour venir sauver le pays.

Oui, cette "crisounette", n’a pas assez duré. Il en faut encore. Hier on évoquait le "gentil discours" de Bart de Wever lors de ses vœux. Ce "gentil discours" qui est jugé suffisamment nouveau pour justifier deux semaines de palabres supplémentaires. Or, si le ton était neuf, le fond ne l’était pas beaucoup. Le relèvement des petites pensions, l’amélioration du taux d’emploi sont sur la table depuis début septembre. En réalité ce "gentil discours" n’a été important que parce que le CD&V souhaite qu’il soit important. Parce que le CD&V a de manière coordonnée appelé la semaine dernière maintenir coûte que coûte la ligne d’une majorité flamande au fédéral, c’est-à-dire d’une majorité avec la N-VA. Pour le coup leur discours varie assez peu. Le discours de Bart de Wever, leur a apporté l’eau pour faire tourner le moulin de la crise encore quelque semaine.

Stratégie ou peur ?

A force on en vient à se demander : est-ce que le CD V a intérêt que la crise dure ? Jusqu’ici on pouvait estimer que le CD&V sorti défait des élections était surtout guidé par la peur. Une peur de gouverner sans la N-VA et de se prendre une nouvelle claque en 2025. Une peur qui pousse Hilde Crevits, ministre flamande, à dire qu’il n’y aura de majorité sans la N-VA que si “la N-VA déclare clairement qu’elle ne veut pas gouverner, alors nous sommes dans un contexte différent."

Cette déclaration, et beaucoup d’autres avant elle, revient à mettre le sort du CD&V entièrement dans les mains de la N-VA. On pourrait ergoter sur une forme de syndrome de Stockholm qui frapperait le CD&V après l’expérience Suédoise. La peur, encore.

Mais aujourd’hui, il faut sans doute interroger d’autres motifs que la peur. Cette stratégie de retrait a aussi un autre objectif, renforcer la position de négociation des chrétiens-démocrates. Il s’agit de points de contenus : l’équilibre budgétaire, les sujets éthiques. Mais il s’agit aussi des portefeuilles ministériels et en particulier le 16 rue de la Loi. Jusqu’ici le poste de Premier ministre était plutôt dévolu au VLD, et a Gwendolyn Rutten en particulier. Logique puisque c’est le seul parti flamand qui avait accepté de se mouiller. Mais les hésitations du VLD à finalement complètement lâcher le bord de la piscine pour partir dans une formule arc-en-ciel on remit le CD&V en piste.

Koen Geens et le 16 rue de la Loi

Il est donc là au bord de la piscine, et se fait désirer. C’est Koen Geens, l’homme fort du parti qui louche sur le 16 rue de la loi qui pourrait s’imposer. Seule cette position d’attente à rallonge peut faire suffisamment monter les enchères pour que le CD&V obtienne le poste de Premier ministre. Ces enchères en finissent presque par ressembler à un hold-up alors que le parti n’a que 12 sièges à la chambre. De plus la "famille chrétienne" est la plus petite de la coalition "Vivaldi" qui rassemblerait les 4 familles politiques. Dans l’ordre : socialiste 29 (sièges), libérale (26 sièges), écologiste (21 sièges), chrétienne (17 sièges).

Nous voilà donc parti pour deux semaines encore à regarder le CD&V rester au bord de la piscine se faire désirer. Si le parti n’obtient pas assez, si Koen Geens n’obtient pas le 16, les chrétiens-démocrates exigeront que Bart de Wever se jette à l’eau. Les chances qu’il réussisse étant infinitésimales, il faudra quand même revenir au CD&V. Il faudra quoi qu’il arrive attendre qu’il saute dans la piscine. À moins qu’on retourne tous au vestiaire fâché d’avoir trop attendu. Des élections, seule perspective ou le CD&V pourrait tout perdre.

 

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