Pour Zakia Khattabi (Ecolo), le MR est dans « une course à l’électoralisme le plus puant »

Jusqu’à ce vendredi, la matinale de La Première accueille une présidente ou un président de parti pour décortiquer les programmes et les enjeux de ces triples élections du 26 mai prochain. Zakia Khattabi, coprésidente d’Ecolo, était l’invitée de Thomas Gadisseux ce mardi.

À six jours des élections, certains refuseront de choisir, n’iront pas voter ou voteront blanc. Si la coprésidente d’Ecolo n’avait qu’une seule recommandation à formuler, ce serait d’aller voter. « Relevez votre niveau d’exigence, demande-t-elle. Je comprends la défiance à l’égard du politique quand on voit les promesses qui n’ont jamais été tenues. Mais allez-y, parce qu’il y a un double enjeu », avance-t-elle.

D’une part, Zakia Khattabi dénonce la montée des populismes, tant en Belgique qu’en Europe. « J’en appelle à une mobilisation de tous les démocrates pour faire barrage, au niveau national et au niveau européen, cette montée du populisme », réclame-t-elle.

Le deuxième enjeu pour la coprésidente des verts est naturellement la question environnementale. « Les mobilisations citoyennes de ces derniers mois ont été importantes. Nous avons une fenêtre d’opportunité, qui est d’activer tous les leviers pour la transition, à tous les niveaux de pouvoir. C’est une opportunité unique. »

Le score du Vlaams Belang, c’est aussi le bilan de Charles Michel.

Les crispations autour de l’affaire du tract distribué au marché de Laeken la semaine dernière ont propulsé les verts dans une position défensive, notamment vis-à-vis du MR. Mais Zakia Khattabi reproche aux libéraux d’avoir banalisé le discours d’extrême droite ces dernières années. « Quand je vois aux derniers sondages le score du Vlaams Belang, c’est aussi le bilan de Charles Michel. Dans cette course derrière la N-VA, il y a une droitisation de plus en plus extrême dans le chef du MR, et aujourd’hui on a libéré la parole et on a normalisé le discours du Vlaams Belang », dénonce-t-elle.

Mais après les écologistes, ce sont les socialistes qui sont accusés de communautarisme par leurs adversaires politiques. En cause, un tract du député sortant Emir Kir, rédigé uniquement en turc. Zakia Khattabi déplore une telle démarche, aussi bien pour un tract rouge que vert : « Nos concitoyens de confession musulmane, juive, ou de toute autre confession, sont des citoyens comme les autres. Ils attendent de nous qu’on leur parle de justice, d’enseignement, d’économie, ou de fiscalité. Il est temps que l’on arrête d’infantiliser ces communautés-là sous prétexte qu’elles ne seraient intéressées que par des questions qui les préoccupent elles-mêmes. »

Double discours du MR

Parmi les piques encaissées par les écologistes, celle de Didier Reynders, reprochant aux citoyens d’éducation musulmane de ne pas respecter « nos valeurs communes ». La coprésidente d’Ecolo a vivement réagi sur les réseaux sociaux.

« Je suis choquée, affirme Zakia Khattabi. Dans une guerre électoraliste, je pense qu’il faut mesurer ses propos. Il fut un temps où Monsieur Reynders était un libéral. » Et de poursuivre en citant l’ouvrage « Parlons-en » de Didier Reynders lui-même, paru en 2007 aux éditions Luc Pire : « 'Je plaide pour une liberté de principe, dans l’école officielle du port de signes religieux.' Ça, c’est au temps où les libéraux étaient des libéraux », répète-t-elle.

Didier Reynders n’est plus un libéral ? « Je pense qu’il y a une dérive droitière extrême dans une course à l’électoralisme le plus puant. Aujourd’hui se retrouvent pris en otage des concitoyens qui n’ont rien demandé, et qui font l’objet d’insultes telles que celles de Monsieur Reynders. »


►►► Lire aussi : Tract polémique d’Ecolo : Zakia Khattabi condamne la forme et nuance le fond


Bonne gouvernance et décumul

Sur la question de la bonne gouvernance, autre cheval de bataille d’Ecolo, Zakia Khattabi rappelle que le décumul lui tient particulièrement à cœur. « Le fait de voter au Parlement wallon des mesures qu’on ne s’appliquera pas parce que l’on est bourgmestre pose une vraie question en termes de conflit d’intérêts. L’un des éléments [pour constituer une coalition], ce sera la transparence la plus totale sur les mandats des uns et des autres, ou, par le registre des lobbies, sur les rencontres et les rendez-vous que les députés, ou même les cabinets ministériels rencontrent, de telle sorte que l’on puisse comprendre la logique qui est derrière un texte, s’il relève d’un intérêt général ou particulier », explique-t-elle.

Concrètement, Ecolo entend limiter l’exercice successif des mandats politiques dans le temps à trois maximum. Or, l’autre coprésident d’Ecolo, Jean-Marc Nollet, a déjà atteint ce plafond. Les écologistes se justifient : « Nous appliquons d’abord à nous-mêmes les règles que l’on veut pour l’ensemble. Ce genre de règle ne nous facilite pas la vie. Sur plus d’une centaine de mandataires, on en a moins de dix qui continuent, et qui sont aussi la mémoire et l’expérience de la participation », avance Zakia Khattabi.

Sans la N-VA

Le cdH, le PS, le PTB et Ecolo s’opposent à toute alliance avec les nationalistes flamands, ce qui laisse aux partis francophones de gauche l’espoir de constituer une éventuelle majorité. « En ce qui nous concerne, ce sera un gouvernement climat et sans la N-VA. C’est clair. Je suis plutôt rassurée, parce que nous étions encore inquiets samedi lorsque j’entendais Monsieur Reynders (MR) et Monsieur Prévot (cdH) laisser le flou sur cette volonté de poursuivre une alliance avec la N-VA », concède-t-elle.

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