"Phantom Thread", l'adieu au cinéma de Daniel Day-Lewis

Les cinéphiles "ne pouvaient rêver de plus bel adieu" pour Daniel Day-Lews.
Les cinéphiles "ne pouvaient rêver de plus bel adieu" pour Daniel Day-Lews. - © PHANTOM THREAD

Couronnée par trois Oscars du meilleur acteur, la carrière de Daniel Day-Lewis est exceptionnelle. Il a choisi de mettre un terme à celle-ci avec "Phantom Thread" de Paul Thomas Anderson, brillant cinéaste américain avec qui il avait tourné il y a dix ans l’inoubliable "There Will Be Blood".

Londres, années 50. Reynolds Woodcock règne d’une main de maître sur sa maison de haute couture qui habille l’aristocratie britannique et les têtes couronnées. Sa sœur – et principale collaboratrice – veille au grain, car si Reynolds est un artiste génial, c’est aussi un homme psychorigide, maniaque, qui règle sa vie selon des rituels immuables pour ne pas perdre pied.

Un jour, cette vie bien orchestrée subit l’imprévu : le couturier est subjugué par une modeste serveuse, Alma (jouée par l’actrice luxembourgeoise Vicky Krieps, une découverte), dont il veut faire son modèle de prédilection. Entre le créateur et sa créature, un lien intime se crée ; Alma tombe amoureuse de Reynolds, veut égayer son quotidien, lui faire des surprises… Mais Reynolds a horreur des surprises.

"Phantom Thread" est un film d’une richesse inouïe. Sur le plan esthétique, c’est un ravissement, et le cinéaste Paul Thomas Anderson décrit à merveille comment son personnage veut se prémunir de la vulgarité ambiante en vivant dans le cocon de raffinement qu’il a lui-même créé au sein de sa maison. Le film explore aussi très bien cette inaptitude de l’artiste à affronter la banalité du quotidien – le personnage de sa sœur, complice de ses névroses, est tout aussi passionnant. Il y enfin l’histoire d’amour entre Reynolds et Alma, sous-tendue par plusieurs questions : qui manipule qui ? Et quand on aime, faut-il à tout prix vouloir changer l’être aimé ?Daniel Day-Lewis clôt sa carrière avec une composition étincelante dans un très grand film. Si les cinéphiles se désolent de sa décision de prendre sa retraite, ils ne pouvaient rêver de plus bel adieu.

Call Me by Your Name

Été 1983, dans le Nord de l’Italie. Oliver, jeune doctorant américain, vient travailler sa thèse dans la villa d’un professeur helléniste de renom, M. Perlman. Le fils de ce dernier, Elio, 17 ans, est animé de sentiments contradictoires, entre attraction et antipathie, face à ce jeune homme beau et charismatique. En réalité, Elio se cherche, et Oliver va l’aider à se trouver, à exprimer son désir… Ensemble, ils vont vivre une brève mais intense histoire d’amour, le temps d’un été…

"Call Me by Your Nameest le fruit de la collaboration entre deux cinéastes de générations différentes. Le roman originel d’André Aciman a été adapté par James Ivory. Agé aujourd’hui de 89 ans, celui qu’on a surnommé "le plus britannique des cinéastes américains" a signé dans les années 80 des films d’époque raffinés comme "Une chambre avec vue", "Howards End" et "Les vestiges du jour". Son écriture est délicate et pleine de retenue. Mais pour porter son scénario à l’écran, c’est le cinéaste italien Luca Guadagnino qui a pris le relais. L’homme est capable du meilleur ("Amore" avec Tilda Swinton) comme du pire ("A bigger splash", remake de "La Piscine" de Deray, avec Matthias Schoenaerts). Ici, heureusement porté par le scénario d’Ivory, Guadagnino donne le meilleur. Il apporte une sensualité méridionale au récit et filme la montée du désir entre les deux garçons avec une vraie sensibilité.

Il faut préciser que le cinéaste est aidé dans son entreprise par deux acteurs impeccables : Arnie Hammer et, surtout, dans le rôle d’Elio, le jeune Timothée Chalamet, acteur franco-américain qui crève tellement l’écran qu’il a décroché une nomination à l’Oscar grâce à ce rôle. Et dans le rôle du père d’Elio, Michael Stuhlbarg est magnifique à la fin du film dans une scène d’anthologie.

L’apparition

Jacques (Vincent Lindon), reporter de guerre, revient passablement traumatisé d’un voyage où son collègue photographe a perdu la vie. Alors qu’il tente de se reconstruire, cloîtré chez lui, il reçoit un coup de fil d’un évêque du Vatican qui veut lui confier une étrange mission : participer à une enquête dans une petite village du Sud-Ouest de la France, où Anna, une adolescente, prétend avoir vu la Vierge Marie…

Agnostique mais titillé dans sa curiosité journalistique, Jacques accepte la proposition et va devoir tenter de démêler le vrai du faux dans une ville où la jeune fille déchaîne les passions : à la fois surprotégée (ou manipulée ?) par le curé local, et vilipendée par d’autres autorités religieuses qui n’y voient que supercherie.

À partir d’un sujet complexe, le cinéaste Xavier Giannoli signe un film non dénué de qualités. Parce qu’il évite soigneusement la satire ou la caricature : il ne s’agit ni pas ici de "bouffer du curé" et de procéder à un facile jeu de massacre, mais de poser des questions plus cruciales : qu’est-ce qui anime Anna ? Une Foi véritable ? L’envie d’un destin hors normes ? La soif de reconnaissance ?

Face à la jeune et très juste Galatea Bellugi, Vincent Lindon joue tout en sobriété le journaliste qui mène cette enquête inhabituelle avec le meilleur des motifs : l’envie de comprendre notre monde. Comme souvent dans le cinéma de Giannoli, le casting est très réussi, mais le film souffre de quelques longueurs, car le réalisateur, gourmand, veut aborder énormément de thèmes. Un montage un peu plus serré – le film dure deux heures et quart – aurait sans doute été plus percutant.

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