Pensions, sanction, immigration: les électeurs du VB expliquent leur vote

Pensions, sanction, immigration: les électeurs du VB expliquent leur vote
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Pensions, sanction, immigration: les électeurs du VB expliquent leur vote - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Le chiffre est édifiant : près d'un Flamand sur cinq a coché la liste Vlaams Belang aux élections fédérales et régionales de ce dimanche. Il y a cinq ans, ils n'étaient que 6%. Il faut dire que, si l'on en croit certains de ses électeurs, le parti a changé d'image, notamment grâce à son leader Tom Van Grieken, 32 ans. Selon Tim, un étudiant et entrepreneur de 21 ans d'Anvers, c'est ce qui a changé : "C'est un esprit très différent de Filip Dewinter (figure du Vlaams Blok, l'ancien nom du Belang jusqu'en 2004, ndlr), beaucoup plus jeune et aussi moins radical, affirme-t-il à la VRT.  Et je pense que pour beaucoup de jeunes, c'est un facteur très important pour voter pour le Vlaams Belang maintenant."

Autre argument important pour la jeunesse : les réseaux sociaux. La stratégie du Belang, qui a particulièrement ciblé Facebook, s'est avérée payante. "Les jeunes y trouveront plus d'informations qu'ils ne lisent les journaux, alors c'est une bonne idée de leur part", admet Albert, étudiant et DJ de 21 ans à Courtrai, également cité par la VRT. Le jeune homme a également voté Vlaams Belang, estimant que le parti "se mêle vraiment au peuple" : "Ils écoutent les gens et cherchent des solutions constructives aux problèmes qui existent. Les partis traditionnels promettent beaucoup, mais n'ont apporté que peu de changements positifs. Les gens sont frustrés et le VB a aussi reçu beaucoup de votes de protestation de leur part."

Je veux une pension décente, et moins d'étrangers

Le Vlaams Belang, un vote de dernier recours ? C'est l'avis de Gino, développeur informatique à Wevelgem (Flandre-occidentale). "J'ai voté pour l'Open VLD, mais je n'aime plus cette parti, confie-t-il à la VRT. Puis je suis passé à la N-VA. Et puis je me suis dit : je vais maintenant essayer le Vlaams Belang et voir où nous en sommes." Pour lui comme pour beaucoup d'autres, le parti d'extrême-droite représentait une alternative, l'espoir du changement, dans un contexte politique où ils voient toujours revenir les mêmes têtes : "Ce sont des figures médiatiques excitées. S'ils ne passent pas à la télé tous les jours, ils se sentent mal. Pour moi, un politicien n'est pas une figure médiatique", estime Gino.

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"Ce sont les autres partis qui m'ont poussé dans les bras du Vlaams Belang", raconte Davy, 35 ans, à Het Laatste Nieeuws. La N-VA n'était plus une option pour moi, parce qu'ils veulent aussi relever l'âge de la pension." Beaucoup de votants se sont ainsi tournés vers le Vlaams Belang en raison de son programme résolument social. "Je veux une pension décente, et je veux aussi qu'on admette moins d'étrangers dans notre pays", explique Linda, future pensionnée. Cet argument-là a forcément pesé sur le vote. Pour Glenn, assistant logistique de 26 ans à Herzele (Flandre-orientale), c'est la situation des migrants à la Gare du Nord de Bruxelles qui a créé un déclic. "Je suis ennuyé que rien ne se passe à ce sujet", dit cet ancien électeur du sp.a à De Morgen. Le reportage Pano de la VRT sur le groupe Schild&Vrienden l'a également interpellé. "C'était plus comme de la publicité, parce que je suis vraiment d'accord avec eux. Ok, certains mèmes (les images satiriques qui circulent sur Internet, ndlr) étaient vraiment lourds à ce sujet. Mais ces types ne sont pas si racistes que ça." Pas si racistes, même si Glenn l'admet : il ne partagerait pas ce contenu dans un groupe avec des gens qu'il ne connaît pas. C'est dans sa circonscription que le VB a fait le meilleur score : 20 % au fédéral, et 20,64 % à la région.

Mes amis marocains se comportent selon les normes flamandes

Bjorn, réceptionniste de 23 ans à Bruges, n'a pas eu une once de remords à voter Vlaams Belang. "Ils m'ont toujours séduit", affirme-t-il à De Morgen. Sur le volet immigration plus que tout : "Je ne peux certainement pas avoir à payer des impôts pour quelqu'un qui vient en Belgique pour bénéficier de notre système. Il y a assez de gens ici qui se débattent." Le jeune homme n'hésite pas à clamer que certaines familles d'origine étrangère des logements sociaux "ont une grosse BMW, ce que même mes parents ne peuvent se permettre après 30 ans de travail." Raciste ? Pas pour Bjorn : "J'ai aussi des amis marocains. Ils se comportent comme moi selon les normes flamandes."

Un programme économique de gauche, tout en défendant des idéologies conservatrices et populistes, c'est ce qui a fait basculer le vote de beaucoup d'électeurs flamands, qui reprochaient aux partis traditionnels (Open Vld) d'être trop laxistes sur l'immigration, et à la N-VA d'être économiquement trop libérale. Pour Eddy, pensionné de 72 ans à Hasselt, c'est la question des mariages blancs qui l'a fait basculer. "Quand j'entends combien de mariages blancs il y a ici dans le Limbourg et qu'on ne fait rien pour y remédier, je ne peux tout simplement pas continuer, tonne-t-il à la VRT. J'ai frappé à la porte des politiciens et des tribunaux, mais rien. La N-VA ne m'a pas satisfait, mais je ne suis pas seul, il y a encore beaucoup de gens qui ne le sont pas non plus." Dans la circonscription du Limbourg, le Vlaams Belang a dépassé les 20% aux régionales flamandes.

Mon choix peut changer à tout moment

Parmi les électeurs du Vlaams Belang, on trouve également des membres de minorités. Sammy Swaenepoel, 39 ans, coiffeur à Izegem, est gay et il a pourtant voté pour un parti résolument traditionnaliste. "J'ai été élevé dans une famille fortement catholique et je suis très conscient de leurs opinions sur la famille traditionnelle, explique-t-il à De Morgen. Ce que Dries Van Langenhove dit du mariage homosexuel m'a un peu effrayé, c'est pourquoi j'ai contacté Tom Van Grieken. Il m'a dit qu'une voix pour le Vlaams Belang ne signifiait pas que les droits acquis de la communauté LGBT seraient réduits."

Si le vote VB est une sanction, voire un dernier espoir, il n'est pas complètement un vote d'adhésion pour certains. Dans le cercle d'amis de Tim, beaucoup ont également voté pour l'extrême-gauche, et rien n'est figé. "Mon choix peut changer à tout moment, précise-t-il à la VRT. Imaginez s'il y a d'autres partis avec des points de vue différents qui seront plus dans ma direction dans cinq ans, alors il est possible que je vote à l'extrême gauche." Plutôt que de parler de gauche ou de droite, le jeune homme préfère parler des "positions importantes" pour lui, et pour "le peuple flamand". Pour l'intérêt de la Flandre ?

Journal télévisé 27/05/2019

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