Pensions en panne

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Que reste-t-il encore de l’énorme chantier de la réforme des Pensions mise en œuvre par le gouvernement fédéral ? Au-delà, du report de l’âge de départ à la retraite à 67 ans… pas grand-chose.

Les autres réformes restent en carafe.

La charrue avant les bœufs

Avant toute chose, il convient au préalable de saluer le courage/la volonté du gouvernement fédéral d’avoir enfin osé s’attaquer à ce dossier aussi sensible que compliqué que plusieurs coalitions successives n’auront eu de cesse de reporter. En 20 ans, les dépenses de pension ont augmenté deux fois plus vite que le PIB ; elles sont passées de 35 à 45 milliards ces cinq dernières années. Il fallait agir.

Mais au-delà de ce volontarisme opportun, le bilan est maigre. Sans doute aussi, parce que la réforme a été mal engagée.

Elle a d’abord été bâtie sur un mensonge, à tout le moins par omission. Aucun des partis de la coalition n’avait mis le report de l’âge de la pension à 67 ans à son programme. Cela a été imposé de suite, sans la moindre concertation sociale comme le pays en a pourtant la tradition depuis la seconde guerre mondiale. Cela a contribué à gripper tout mécanisme de réforme.

L’allongement de la carrière faisait consensus, même au PS. Il n’était pas indispensable de repousser l’âge de la retraite à 67 ans pour établir l’allongement nécessaire des carrières. La concertation n’est pas dans l’ADN de la N-VA. L’objectif est louable, la méthode rédhibitoire.

Reportés

L’allongement de la durée du travail était censé s’accompagner de mesures correctrices. Aucune de celles-ci ne devrait aboutir avant les prochaines élections.

La pension à points est reportée aux calendes grecques, la pension à mi-temps a été cryogénisée et la prise en compte de la pénibilité vient de connaître un coup d’arrêt.

Le ministre Bacquelaine va bien tenter de faire aboutir ce dernier dossier. Dans le secteur public, un accord est intervenu avec deux des trois syndicats sur une liste des fonctions pénibles mais le gouvernement ne l'a pas avalisé pour le moment. La N-VA et l’Open VLD la trouvaient beaucoup trop large … comme les représentants patronaux qui craignent notamment que l’on s’en inspire pour le secteur privé.

Ces deux partis ne vont pas se dédire en pleine campagne électorale. Les syndicats vont également continuer à mobiliser contre cette réforme. Le MR risque donc bien de se retrouver devant l’électeur avec la seule pension à 67 ans, sans aucun accommodement, à défendre…

 

@PhWalkowiak

Soir Première 7/11/2018

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