Paul Magnette a tué Paul Magnette

Paul Magnette, informateur, se rend chez le roi. Il sera sans doute prolongé. Car il se dit que cette mission ne se passe pas trop mal. Selon la communication de Paul Magnette, sa méthode est :

Les besoins du pays et des gens avant les programmes des partis politiques.

Arrêtons-nous sur cette petite phrase. Car enfin, à moins d’un enfumage complet, il acte que pour réussir il faut contourner les programmes de partis. Autrement dit, les programmes des partis ne sont pas en phase avec les" priorités du pays” et des “gens”. Encore formulé autrement, pour réussir il faut abandonner ce truc bizarre que sont les "programmes des partis", ou pire encore ces idées débiles de "préférer une coalition à une autre".

Pourtant, les socialistes avaient volé en escadrille contre Charles Michel, le premier ministre sortant, quand il a dénoncé la lâcheté de s’accrocher à son programme. Voilà que Paul Magnette lui donne un peu raison quand il impose de partir des "priorités des gens" et pas celle des partis. Car cette expression "priorité des gens" est une formule au moins aussi creuse et passe-partout que "le bon sens" et "ce que pense le peuple". Elle permet, cette expression, au Paul Magnette informateur de tuer le Paul Magnette président du PS. Le président du PS qui comme les autres faisait passer son programme avant "l’intérêt du pays" et "les priorités des gens". Le président du PS qui avait aussi sa priorité et ses exclusives en matière de coalition. Le meurtre est passé un peu inaperçu, et pourtant cet "effacement" est indispensable à la réussite de sa mission.

Nouvelle méthode ?

Un mot sur la "méthode Magnette". Identifier des points de convergences sur des thèmes, avant de parler coalition et postes ministériels n’est pas vraiment révolutionnaire. Mais ça tranche avec la mission Reynders/Vande Lanotte qui partait du présupposé que PS et N-VA devaient gouverner ensemble. 

Le président du PS Paul Magnette ne le veut toujours pas, il veut une formule sans la N-VA. Par contre l’informateur Magnette ne peut pas formellement exclure la N-VA. D’où cette idée commode, baptiser "priorités des gens" un texte qui rassemble des éléments consensuels de programmes des partis et des bouts d'accords des gouvernements régionaux : "Taux d’emploi, climat, lutte contre la pauvreté, justice et sécurité…"

Quitte ou double

Sur base de cette note, les partis vont donc devoir dire s’ils restent ou s’ils quittent la table. Evidemment, comme dans les mauvais films d’horreur, celui qu’on croyait mort n’est pas mort. Si le président du PS a accepté de mourir, c’est pour mieux ressusciter. S'il a pris la main, contraint et forcé, c’est d’abord pour redresser l’image d’un PS fauteur de crise. Ensuite c’est bien évidemment pour que la N-VA choisisse elle-même de renoncer sur base du texte. Pour que l'Open VLD et CD & V continuent, sur base du même texte.

Bref, cette synthèse “des priorités du pays et des gens”, ressemblera surtout aux priorités d’une formule centriste de type "arc-en-ciel". Il y en aura pour les verts, les libéraux, les socialistes, les sociaux-chrétiens, mais assez peu pour les nationalistes. Soyons clairs, il n’est pas du tout certain que ça fonctionne. Depuis 20 ans, en Belgique rares sont les plans qui se sont déroulés sans accrocs.

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