Parc Maximilien : morale citoyenne et stratégie politique

Au moins 2000 personnes ont participé dimanche soir à la chaîne humaine organisée entre la Gare du Nord et le parc Maximilien. Leur but : s’opposer symboliquement aux opérations de police qui viendraient sur place pour  intercepter des sans papiers et les envoyer en centre fermée. La réussite de cette manifestation souligne l'émergence d’un engagement citoyen.

  2000 d’après la police. 2500 selon la presse. Pourtant il pleut, il ne fait pas très chaud et l’heure est inhabituelle pour une manif. Les escaliers de la Gare du Nord  sont noirs de Monde.  La chaîne humaine serpente de la gare au parc, ils seraient suffisamment nombreux pour en faire 3 ou 4. C’est désordonné, mais ils sont souriants. Il y a des jeunes gens d’à peine  20 ans, des familles avec enfants, d’autres qui ont  dépassé les 60 ans. Des bruxellois, des wallons, quelques flamands et beaucoup de femmes. Certains viennent au parc Maximilien pour la première fois, d’autres sont des habitués qui passent chercher leurs "invités" tous les soirs ou presque. Apres la chaîne humaine, Alexis Deswaef le président de la ligue des droits de l’homme  prend la parole et un mégaphone. Héberger, nourrir, soigner, aider  un migrant n’est pas un délit  rappelle-t-il. Pas en Belgique. Mais la fameuse proposition de loi qui permettrait aux forces de l’ordre de perquisitionner un domicile pour interpeller des migrants  sans-papiers reste d’actualité. Elle inquiète les 2500 citoyens présents. Elle inquiète les plus de 30 000 autres qui sont désormais inscrits sur le site de la plateforme pour proposer un hébergement. Le président de la ligue des droits de l'homme en fait son prochain combat.

Deux logiques s'affrontent

Le gouvernement fédéral et la police d’un côté , le mouvement citoyen de l’autre. Pour les premiers les migrants sont des illégaux. Il faut éviter leur regroupement, lutter contre le fameux "appel d’air" qui verrait d’autres migrants rallier Bruxelles et donnerait au parc Maximilien un air de Calais. Puisque c’est là que se retrouvent depuis septembre chaque soir plusieurs centaines de migrants, c’est logiquement là que la police fédérale doit venir les cueillir. Pour les citoyens il ne s’agit pas de cueillir mais de recueillir. D’offrir  gîte et couvert à des hommes qui ont traversé une partie de l'Afrique ou du Proche-Orient à leur risques et périls. Qui ne voient Bruxelles que comme une étape  vers l’Angleterre, et  qui sans cette intervention citoyenne seraient contraints de dormir dehors. On propose un matelas, une chambre inoccupée, on offre un repas, un billet de train ou une navette en voiture. C’est bien parce que les autorités refusent de gérer la présence des migrants que ces citoyens ont du s’en charger. La jungle de Calais ? le gouvernement fédéral en parle beaucoup mais ce sont les citoyens qui l'évitent. Alors imaginer la police profiter de cette mobilisation pour procéder au parc Maximilien  à des intimidations ou des arrestations serait particulièrement cynique. Que des "lanceurs d'alerte" au sein des services de sécurité choisissent désormais d'organiser des "fuites" vers la plateforme ou que des communes refusent de prêter leurs concours à des opérations de police ne dit pas autre chose.  

Peut on parler d’une opposition  politique ?

 Oui et non. La plupart des bénévoles qui recueillent un migrant pour une ou plusieurs nuits se mettent en accord avec des valeurs et pas avec un programme.  C’est une vision politique si on veut, pour beaucoup d’entre eux c’est d’abord  une obligation morale. C'est souvent plus par compassion et pas par idéologie que ces familles ouvrent leurs portes. Comme on verserait un don à Cap 48 ou au Télévie, la démarche citoyenne permet de se donner bonne conscience en agissant localement à son niveau, à défaut de changer structurellement une situation sur laquelle on n'a pas prise. Acte local qui traduit une pensée globale, à l'écart des appareils partisans.  C’est surtout une tradition historique européenne  et une obligation légale basée sur des traités internationaux. Les tentatives de récupération existent mais la plateforme n'a pas de discours politique structuré. Paradoxalement c'est la menace d'une proposition de loi qui permettra aux policiers d'aller chercher les migrants chez des citoyens qui poussent ces citoyens à investir le débat politique. Avec des arguments, Car contrairement à ce qui est dit parfois le nombre de migrants n’a pas explosé. Quelques centaines de personnes à loger restent une goutte d’eau à l'échelle de la Belgique. On  peut tourner le problème dans tous les sens, Bruxelles, comme Calais,  seront toujours sur la route de l’Angleterre. Tenter d’interdire l’aide aux migrants, essayer de terroriser   ceux qui s’en chargent est en revanche une démarche très politique. Mettre la police au service de l'intimidation est lourd de sens. Jouer le clivage de l'opinion, attiser les passions en sachant que cela se révèlera porteur électoralement relève plus du populisme que du sens de l'Etat.  C’est surtout une politique qui manque d’humanité.

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