"Paddington 2", un enchantement

Une scène de Paddington 2
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Une scène de Paddington 2 - © DR

Il y a trois ans, un premier long-métrage avec l’ours Paddington en vedette remportait un énorme succès international. Toute l’équipe artistique du film, avec à sa tête le grand producteur David Heyman (à qui l’on doit les "Harry Potter") s’est réunie pour un "Paddington 2".

Dans le premier film, Paddington débarquait de sa forêt du Pérou pour aboutir à Londres. Dans ce numéro 2, il coule des jours heureux dans la famille Brown. Il rêve d’offrir un beau cadeau d’anniversaire à sa tante Lucy, et découvre chez un antiquaire un magnifique livre pop-up (en relief) sur les merveilles de Londres. Mais l’objet coûte cher, alors Paddington se décide à travailler, il essaie différents métiers, laveur de vitres, barbier… Pendant ce temps-là, un redoutable voisin, Phoenix Buchanan (incarné par un Hugh Grant au mieux de sa forme) subtilise le précieux bouquin…

"Paddington 2" est donc une suite. Et contrairement à 90% des suites au cinéma, le film parvient à être encore plus éblouissant que le premier. Le scénario déborde d’inventions et de trouvailles, le casting est parfait (outre Hugh Grant, on peut pointer un excellent Brendan Gleeson) et sur le plan esthétique, c’est un ravissement de tous les instants. Enfin, l’animation du personnage de Paddington pousse à la perfection les techniques de l’image de synthèse, à un point tel qu’on oublie que le petit ours est une créature numérique et qu’on rit et qu’on pleure sans retenue à ses mésaventures… Et qu’on s’émerveille devant tant de poésie. Merveilleux pour les enfants, savoureux pour les parents, "Paddington 2" est le Must de cette fin d’année.

Suburbicon

Nous sommes aux Etats-Unis au début des années 50. "Suburbicon", c’est le nom d’une ville idéale, créée de toutes pièces, propre et prospère, sans criminalité. Mais le jour où une famille noire vient s’y installer, rien ne va plus: tous les habitants blancs s’insurgent contre les intrus. A Suburbicon, il y a aussi Gardner (Matt Damon), employé-modèle qui enterre sa femme… Mais est-il aussi irréprochable qu’il prétend l’être?

Pour sa sixième réalisation, George Clooney a récupéré et retravaillé un scénario inédit de Joel et Ethan Coen. On retrouve dans cette fable l’humour noir et corrosif des célèbres frères, mais aussi un message politique anti-Trump cher à Clooney. En explorant "the dark side of the American Dream", "Suburbicon" permet à la star, après le décevant "The monuments men", de réaffirmer son talent de cinéaste.

Le crime de l’Orient-Express

C’est un des romans les plus célèbres d’Agatha Christie. Sidney Lumet l’avait déjà adapté avec brio en 1974 avec une pléiade de stars (Lauren Bacall, Ingrid Bergman, Sean Connery…). Aujourd’hui, Kenneth Branagh remet le couvert. Son film, produit par Ridley Scott, ne manque pas d’atouts: une reconstitution somptueuse d'Istanbul dans les années 30, un beau casting (Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Judi Dench…). Et pourtant, la déception est au rendez-vous. Primo, parce que Branagh s’est réservé le rôle d’Hercule Poirot, et qu’il ne ressemble en rien au détective tel que décrit par Agatha Christie. Mais surtout, on a la désagréable impression que Branagh n’a aucune envie de s’embarrasser de l’intrigue sophistiquée imaginée par la Reine du crime: il multiplie les scènes d’action et les rebondissements, au détriment des exposés d’habitude si subtils de Poirot. Sa version de cet "Orient Express" est spectaculaire, certes, mais manque cruellement de suspense et de mystère.

Santa et Cie

Le Père Noël est bien ennuyé: dans son atelier, à trois jours du 24 décembre, tous ses assistants sont tombés malades… Comment terminer les milliers de jouets à confectionner? Pour trouver les cargaisons de vitamine C capables de remettre ses elfes sur pied, le Père Noël descend sur terre… Et atterrit chez un jeune couple parisien qui se demande comment l’aider.

"Santa et Cie" marque le grand retour d’Alain Chabat derrière et devant la caméra. Avec un scénario qui joue sur le choc des deux mondes – façon "Les Visiteurs" ou "Les Rois mages" des Inconnus -, il livre une comédie sympathique mais paresseuse. Sympathique, car Chabat n’a rien perdu de son humour pince-sans-rire et de son sens du gag; paresseuse, parce que l’ex-Nul n’est pas très doué pour charpenter une intrigue consistante (sa seule très grande réussite, "Astérix mission Cléopâtre" pouvait se reposer sur le scénario originel de René Goscinny) et, passé la mise en place des personnages et de l’enjeu, il peine à faire rebondir son film.

Tueurs

François Troukens, truand repenti, occupe l’espace médiatique ces jours-ci pour parler de sa reconversion: un livre, une bande dessinée, et surtout son premier film noir, "Tueurs", coréalisé avec le directeur photo Jean-François Hensgens. "Tueurs", c’est l’histoire d’un truand (Olivier Gourmet) qui veut raccrocher, non sans avoir effectué un dernier casse. Mal lui en prend: l’opération tourne mal, et la police lui colle sur le dos le meurtre d’une juge d’instruction…

A la vision du film, on se rend vite compte que Troukens sait de quoi il parle: les scènes de braquage sont réalistes et efficaces. Le casting – Gourmet, Bouli Lanners, Lubna Azabal – est convaincant. Le récit est mené sans temps mort. A côté de ces indéniables qualités, pointons quelques faiblesses: les personnages sont des archétypes unidimensionnels – le truand au grand cœur, le flic intègre, le ripou, le politicien véreux -, ce qui rend le scénario un peu prévisible.

Et puis, il y a cette volonté de raccrocher ce polar de fiction à l’affaire des Tueurs du Brabant: pourquoi vouloir à tout prix faire référence à ce drame qui a secoué la Belgique? Ce mélange de genre est soit naïf, soit opportuniste; il s’avère en tous cas superflu. Quoi qu’il en soit, "Tueurs" tranche avec la production courante en Belgique francophone, généralement plus versée dans le drame intimiste voire nombriliste : "Tueurs" ose s’affirmer comme un film de genre destiné au grand public, et ça, c’est méritoire.

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