Pacte énergétique: entre désaveux et renoncements

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Un gouvernement dirigé par libéral francophone refuse donc d’avaliser un texte, corédigé par deux ministres libéraux francophones, approuvé par un autre gouvernement dirigé par un libéral francophone. C’est un euphémisme de dire qu’au MR, on a connu des jours meilleurs. En coulisses, ils étaient plusieurs ténors de ce parti à avoir du mal à avaler ces nouvelles couleuvres.

Sauver la coalition fédérale

La volte-face de la N-VA aura sans doute surpris Charles Michel. Sur le fond, les réticences des nationalistes sur la sortie du nucléaire peuvent être entendues : pourquoi les autorités " belges " au sens large, seraient-elles capables de réussir d’ici 2025, ce qu’elles ratent lamentablement depuis 2003, quand la loi de sortie du nucléaire a été votée ?

Il n’en reste pas moins que le chef de file du MR a été obligé de désavouer deux de ses ministres et un gouvernement, pour sauver sa coalition fédérale et amadouer son encombrant allié nationaliste.

Puisque personne ne voulait en faire une crise gouvernementale, on ne peut donc prétendre qu’il y en ait véritablement eu une mais le Premier Ministre et son parti sortent affaiblis de cette semaine énergétique.

Tournai

Les excellences libérales de l’arrondissement de Tournai, Marghem et Crucke, furent les premiers à rivaliser dès lundi soir pour affirmer que la Belgique disposait enfin d’un Pacte Energétique permettant d’assurer non seulement la sortie du nucléaire en 2025 mais aussi l’évolution du pays vers une disparition des énergies fossiles. Du pain béni médiatique juste avant le Sommet Climat de Paris.

Moins de 24h plus tard, un parlementaire N-VA, parlant au nom de son parti, douchait les espoirs des excellences libérales. C'est un député qui s'exprime, pas un ministre flamand , pérorait alors la ministre fédérale ; le pacte ne pourra être que modifié à la marge, nous ne sommes pas des girouettes affirmait mâlement Jean-Luc Crucke.

Une heure plus tard, le ministre Jan Jambon enfonçait le clou : le texte du Pacte rend impossible la sortie du nucléaire . La messe était dite. Il restait à Charles Michel de sauver ce qui pouvait l’être.

2025

En reportant à 2018, la rédaction finale du Pacte Energétique, Charles Michel gagne du temps. Toutefois, la N-VA ne sera pas plus commode sur le sujet au printemps prochain d’une part et d’autre part, les gouvernements wallon (avec un cdH dans l’opposition au fédéral et concurrencé par Ecolo) et surtout bruxellois (duquel le MR est absent) risquent de ne pas prendre pour argent comptant un Pacte " N-VA compatible ".

Le Premier Ministre exhibe en symbole une sortie immuable du nucléaire en 2025, mais sans y apporter les garanties élémentaires. En attendant, le gouvernement fédéral dansera à la musique de la N-VA ( © André Antoine).

 

@PhWalkowiak

 

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