Pacte d'Excellence ou l'impossible projet commun

C’est un constat que tant les observateurs que les acteurs de la vie politique et sociale dressent régulièrement sur la Belgique : le consensus (terme sans doute péjoratif) ou le projet commun (sa version valorisante) deviennent rares voire exceptionnels. Il suffit pour cela de penser à la mobilité, au survol de Bruxelles, à la pérennité de la Sécurité Sociale ou au devenir des institutions entre autres choses. Le gouvernement fédéral n’est-il pas le dernier avatar de ce phénomène, faute d’un consensus suffisamment large entre Flamands et Francophones pour que chaque communauté y soit équitablement représentée ?

Enseignement de tous

Longtemps, la Flandre a su taire ses querelles pour faire cause commune. Les différentes réformes de l’Etat l’ont démontré. Le 3 mars 1999 le Parlement Flamand unanime avait ainsi rédigé les grandes lignes de la future Belgique fédérale. Les Francophones avaient soulevé les épaules (" rien n’est possible sans nous "). Ce programme de 1999 est aujourd’hui accompli, les Francophones n’ayant notamment jamais été capable d’y opposer " leur " projet commun.

Les partis du sud du pays ont ainsi régulièrement peiné à fixer leurs ambitions, à se projeter dans le futur, le plus souvent sur la défensive sans réelle vision de l’avenir.

L’enseignement francophone était régulièrement épinglé pour ses piètres résultats au regard des standards internationaux. Après avoir longtemps tâtonné, il fut enfin décidé en 2015 de tout mettre à plat et surtout de rassembler et impliquer toutes les parties concernées. Enfin une méthode !

Cela devint le Pacte d’Excellence , œuvre collective bien plus que la énième réformette de ministre en mal de reconnaissance. Renfort massif du maternel, tronc commun élargi de 3 à 15 ans, deux seules filières (transition, qualification) au-delà, d’autres rythmes scolaires, etc…

Dans ce cadre, il est dommage que le ministre-président wallon clame urbi et orbi que " l’allongement du tronc commun est une erreur fondamentale " !

L’échec patent des filières

Les pays “à filières”, cumulant orientation précoce et redoublement sont dans une logique de traitement des différences entre élèves par la séparation. On y remarque que les performances Pisa sont moins élevées et, surtout, que les écarts entre élèves – entre forts et faibles, entre favorisés et défavorisés – sont plus importants " remarque notamment Valérie Quittre, chercheuse à l’ULiège. (Le Soir, 15/01).

Et effectivement, si notre actuel système " à filières ", à spécialisation précoce est à préserver selon Willy Borsus, pourquoi donne-t-il de si mauvais résultats alors que les expériences de tronc commun allongé démontre le contraire dans les pays qui l’applique ?

Willy Borsus est toutefois dans son rôle. L’économie et la structure sociale wallonne souffrent d’un manque de formation dans une large part des demandeurs d’emploi. Cela aussi les études le démontrent. Agoria-Wallonie se montre moins frileux que le ministre-président : ok pour un tronc commun allongé mais en évitant le nivellement par le bas et promouvant un enseignement qualifiant de qualité. Voilà qui est bien plus constructif !

L’enseignement francophone a trop souffert des réformes inabouties, des ministres à courte vue, des guerres entre réseaux, de pédagogies absconses ou d’enseignants assis sur leurs habitudes.

Ici, il y a un projet collectif sur la table. Il n’a pas de couleur politique particulière mais une véritable ambition, certes améliorable et à adapter au gré de l’évolution de notre société. Il serait dommage que des calculs politiciens, de quelque bord que ce soit, vienne tout chambouler et qu’en définitive, rien ne change.

Pour une fois qu’il y a un véritable projet francophone…

 

@PhWalkowiak

Sujet sur le Pacte d'excellence dans le JT de 13h de ce lundi:

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