Notre horizon, les élections

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Faut-il aller revoter ? Je posais la question le 28 mai l’année passée à ce micro. La question se pose depuis un an quasiment maintenant. Elle a été mise entre parenthèses durant la crise sanitaire, aujourd’hui le débat reprend.

Aujourd’hui l’élection est encore utilisée comme un chiffon rouge par les partis pour établir un rapport de force. C’est singulièrement le cas du PS qui dit à la N-VA, "nous n’avons pas peur des élections". Mais Paul Magnette ajoutait tout de suite le premier mai que dans le contexte du coronavirus organiser des élections est infaisable.

Mais, au-delà des postures partisanes, la question se pose chaque jour un peu plus. Encore ces derniers jours dans le soir, la position du philosophe Vincent De Coorebyter, qui dit que “repasser par la case élection est un impératif démocratique”. Il explique que demander aux gens de revoter alors que rien n’a changé peut paraître absurde, c’est dire au peuple vous vous êtes trompé. Mais ici, beaucoup de choses ont changé. Or la formation d’un gouvernement va se faire au nom d’équilibres anciens, dépassés. Vincent de Coorebyter conclut : "Le piège ce serait de ne pas aller revoter".

Il a raison. Le risque de la formation qui s’ouvre c’est de se retrouver héritière de rapports de force et de blocages issus d’un monde ancien. Le risque c’est de se retrouver avec un nouveau gouvernement totalement déconnecté de la réalité politique. Un gouvernement illégitime au regard de la volonté du peuple.

Risque ?

Est-ce qu’il n’y a pas un risque que l’élection ne puisse se tenir à cause de la pandémie. Oui. Mais on peut toujours l’annuler si l’épidémie est hors de contrôle. Et puis, si on peut faire la file deux heures pour aller chercher un meuble en kit, on peut aussi faire la file pour décider de l’avenir de son pays.


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Nous sommes un pays suffisamment développé pour être capable d’organiser un scrutin dans des conditions d’hygiène strictes. Pourquoi pas en étalant l’ouverture de bureau de vote et en convoquant les citoyens à des heures précises. Mais bref, l’argument sanitaire, si l’épidémie est sous contrôle ne tient pas.

Contexte de crise ?

Quid du contexte de crise ? Cela risque d’être très tendu cet automne, avec une crise économique et sociale qui s’annonce. Mais si on considère que le peuple ne peut pas parler quand la situation est grave, c’est qu’on le considère comme incapable.

Bien sûr, il faut faire attention que les conditions d’un débat public de qualité soient remplies. Et la qualité ne supporte pas l’urgence. Voter en septembre ou en octobre est tout à fait imaginable.

Majorité ?

Est-ce qu’il y aura une majorité à la chambre pour se saborder et pour convoquer les citoyens ? Bonne question. Car la décision va dépendre de la pression populaire d’une part, et des calculs des partis de l’autre. Chaque parti va se positionner en fonction d’une seule question est-ce que je peux améliorer ma position ?

En Flandre cela s’annonce, à l’heure actuelle, compliqué pour la N-VA, le CD&V et le VLD. Par contre le Vlaams Belang y est ouvertement favorable, Groen et le Spa n’y sont pas fermés.

Côté francophone, officiellement aucun parti n’a peur des élections. Le MR craint de perdre la position centrale qu’il a au fédéral, mais se dit qu’il peut tabler sur Sophie Wilmès et sa grande visibilité lors de la crise. Au PS on pense que la crise est favorable au thème socialiste, santé, sécurité sociale. Chez Ecolo on pense que le coronavirus démontre la nécessité de changer nos modes de vie et notre rapport à l’environnement. Au PTB on pense que ce même virus démontre la faillite du système capitaliste. Reste le cdH ou on pense que l’humain est redevenu un thème central. Même si pour les humanistes ces élections arrivent un peu tôt dans leur processus de refondation.

Résultat les élections pourraient être décidées par une majorité. Mais elle pourrait être extrêmement baroque associant le Vlaams Belang et Ecolo par exemple.

Pression populaire

Certains partis sont demandeurs d’élections, d’autre non. L’important n’est pas dans la décision éventuelle des partis, pas encore. L’important c’est de comprendre la nécessité de rendre les clefs aux citoyens après ce que nous venons de vivre. De comprendre l’utilité sociale de débattre ensemble du monde que nous voulons.

L’exigence d’élections ne doit pas venir d’en haut. Elle doit venir d’en bas. C’est la pression populaire qui doit faire l’élection. Si la société civile s’organise pour exiger un retour aux urnes. Il y a beaucoup de chance pour qu’elle l’obtienne.