"Ne tirez pas", les victimes des Tueurs du Brabant

De Stijn Coninx, on retient essentiellement "Daens", "Sœur Sourire" et "Marina". Aujourd’hui, le cinéaste flamand revient avec "Niet Schieten", "Ne tirez pas", l’adaptation du livre éponyme de David Van de Steen, victime d’une des fusillades du Brabant.

L’action du film démarre le 9 novembre 1985. En soirée, au grand Delhaize d’Alost, une bande de malfaiteurs débarque et tire dans la foule. Le petit David Van de Steen, neuf ans, voit son père, sa mère et sa sœur tomber sous les balles ; lui-même est grièvement blessé à la jambe. Le film suit alors à la fois sa lente et douloureuse convalescence – les opérations chirurgicales se succèdent – et la croisade de son grand-père Albert (Jan Decleir, qui retrouve la caméra de Coninx vingt-cinq ans après "Daens") pour obtenir des informations sur l’avancement de l’enquête…

L’intrigue de "Niet schieten" s’étale sur plus de vingt ans, et suit le passage de David à l’âge adulte, ses efforts pour tenter de mener une vie normale malgré le traumatisme enfantin, et l’usure et le découragement qui gagnent Albert face au dossier des "Tueurs du Brabant" qui reste sans réponse. Le film de Stijn Coninx n’est donc pas un polar – contrairement au film "Tueurs" de François Troukens qui osait mêler fiction et insinuation sur l’affaire -, mais un portrait intimiste sur une famille fracassée, d’abord par le drame de la tuerie, ensuite par l’impasse de l’enquête.

Stijn est un cinéaste ouvertement sentimental, il l’a toujours assumé dans tous ses films, et on sent que les rapports entre le grand-père et son petit-fils sont ce qui le fait vibrer le plus dans "Niet Schieten". Jan Decleir (star aussi mythique en Flandre que Gérard Depardieu en France) apporte son charisme et sa présence au personnage d’Albert, tandis que trois acteurs différents incarnent David enfant, adolescent et adulte. Le film est de facture classique – comme tout le cinéma de Coninx – et se met pleinement au service de son sujet, avec pudeur et sans sensationnalisme.

Fahrenheit 11/9

"Fahrenheit 9/11" de Michael Moore abordait le 11 novembre 2001, date tristement célèbre de l’effondrement des Twin Towers à New York et la politique guerrière de George Bush Jr. "Fahrenheit 11/9" fait allusion au 9 novembre 2016, le jour où le monde entier découvre que Donald Trump est le nouveau président des Etats-Unis. Michael Moore fait partie des rares observateurs américains qui prédisaient et redoutaient la victoire du milliardaire. Mais au début de son nouveau documentaire/pamphlet, il montre combien la surprise fut énorme pour tous les grands media qui n’avaient pas mesuré la force de frappe de Trump auprès des couches modestes de l’Amérique profonde.

La principale surprise de ce film, c’est de voir que Moore, à côté de ses attaques envers le nouveau président, dénonce surtout les erreurs du parti démocrate, sa collusion avec les patrons de Wall Street, son manque de contact et d’empathie avec tous les laissés-pour-compte du rêve américain. Le cinéaste part alors à la rencontre de nouveaux candidats, des citoyens révoltés qui rêvent de remplacer l’establishment démocrate afin de présenter une opposition efficace. C’est l’aspect le plus intéressant de son film.

Mais l’auteur, visiblement très en colère et très désenchanté, a envie de dire plein de choses… Trop de choses. Il s’attarde très longuement à un scandale qui frappe sa ville natale de Flint, où un gouverneur républicain sans scrupules pénalise la population la plus pauvre avec de l’eau contaminée. C’est énorme, mais c’est un peu hors sujet, et déséquilibre la construction de son film, qui apparaît hélas, au final, comme brouillon et disparate. Dommage, car le signal d’alarme que lance Moore sur la menace qui pèse sur la démocratie mérite d’être entendu.

Voyez comme on danse

En 2002, Michel Blanc réalisait "Embrassez qui vous voudrez", adaptation française d’un roman anglais de Joseph Connolly. C’était une fresque ironique sur des destins croisés pendant une semaine de vacances, avec un couple riche (Charlotte Rampling, Jacques Dutronc), un couple pauvre (Karin Viard, Denis Podalydès), un couple en crise (Carole Bouquet et Michel Blanc), et quelques personnages périphériques… Le ton ironique et le casting inattendu avait séduit la critique et le public. Quinze ans plus tard, le producteur du film a proposé à Michel Blanc de remettre le couvert. L’auteur de "Grosse fatigue" ne signe pas une véritable suite – il se méfie de l’exercice – mais a sélectionné quelques personnages qui l’inspiraient pour imaginer un nouveau chapitre dans leur vie. Il n’est donc pas indispensable de revoir "Embrassez qui vous voudrez" pour découvrir "Voyez comme on danse".

Sans le support du roman de Connolly, Blanc peine un peu à bâtir une nouvelle intrigue très charpentée pour faire s’entrecroiser ses personnages. Mais il reste heureusement un excellent dialoguiste, et avec l’aide de Karin Viard et de nouveaux complices comme Jean-Paul Rouve, il trouve des bons interprètes pour les mettre en relief. On sourit donc souvent devant ce divertissement léger, mais on s’interroge un peu sur l’intérêt/l’utilité de l’entreprise…

Johnny English 3

A 63 ans, Rowan "Mr Bean" Atkinson réenfile donc le costume de Johnny English, agent secret au service de sa Majesté, aussi fat que maladroit, aussi prétentieux que gaffeur… Le début de ce numéro 3 est désopilant – la scène avec des caméos de Michael Gambon, d’Edward Fox et de Charles Dance est d’anthologie – mais le film ne tient pas ses promesses, car nombre de ses gags sont très téléphonés. Aux côtés d’Atkinson, Emma Thompson s’amuse à incarner une "Prime Minister" dépassée par les évènements.

Le problème est que ce genre d’humour parodique est usé jusqu’à la corde : depuis les gaffes de Peter Sellers en inspecteur Clouseau dans "La panthère rose", beaucoup de comiques ont ajouté leur pierre à l’édifice – Mel Brooks, le trio Zucker-Abrahams-Zucker…- et renouveler le genre ressemble à un peu à une mission impossible. "Johnny English" parvient à éviter la grasse vulgarité (par les temps qui courent, c’est à signaler) mais ne laisse pas, vous l’aurez compris, un souvenir impérissable.

Venom

C’est le nouveau film de la marque Marvel qui casse la baraque au box-office américain. Il raconte la lutte de David contre Goliath : Eddie, journaliste d’investigation (Tom Hardy), veut dénoncer les expérimentations d’un milliardaire mégalomane (Riz Ahmed) mais, en pénétrant nuitamment dans son laboratoire, il est infecté par un redoutable virus extraterrestre et devient une créature mi-homme, mi-monstre, "Venom".

Qu’un scénario aussi puéril, aussi truffé de clichés, mis en scène avec les effets spéciaux les plus convenus, puisse remporter autant de suffrages est un réel mystère. Car "Venom" n’est ni "Avengers" ni "Star Wars" : c’est une petite série B sans originalité ni magie.

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