"My Lady", le retour éclatant d'Emma Thompson

Emma Thompson dans "My Lady"
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Emma Thompson dans "My Lady" - © DR

A la fois lauréate d’un Oscar comme actrice (pour "Howards End" en 1993) et d’un Oscar comme scénariste (pour son adaptation de "Sense and sensibility" de Jane Austen en 1996), Emma Thompson s’était faite plus discrète sur les écrans ces dernières années. Elle retrouve un premier rôle d’envergure dans "My Lady" ("The children act"), réalisé par Richard Eyre.

Emma Thompson incarne Fiona, juge à la Haute Cour de Londres, spécialisée dans les affaires familiales. A la veille d’un week-end, elle est saisie en urgence d’un cas délicat : un hôpital veut soigner un adolescent leucémique en effectuant une transfusion sanguine qui pourrait lui sauver la vie. Or le garçon et ses parents, parce qu’ils sont Témoins de Jéhovah, refusent cette transfusion. Fiona n’a pas d’enfant, est entièrement dévouée à son métier, et traverse pendant cette affaire une grave crise dans son couple. Fragilisée, elle se retrouve seule face à cet adolescent rebelle et qui souffre…

C’est un plaisir énorme de retrouver une grande actrice comme Emma Thompson dans un rôle à sa mesure. Elle incarne avec la sensibilité et l’intelligence qu’on lui connaît cette magistrate qui s’interroge sur la finalité de son métier et sur sa vie privée. On peut juste regretter que l’écrivain Ian McEwan, qui a adapté lui-même son roman à l’écran, dessine un peu trop sommairement les personnages de l’adolescent malade et de ses parents, comme s’ils n’étaient là que pour illustrer le débat d’idées que le romancier veut mettre en place. Heureusement, les personnages de Fiona et de son mari (incarné par l’excellent Stanley Tucci) sont nettement plus consistants. C’est pour ce beau couple de cinéma, vibrant et subtil, que "My Lady" vaut le détour.

Fleuve Noir

Dans ce polar français, Vincent Cassel incarne François, un flic très investi dans son boulot mais qui noie ses problèmes privés dans l’alcool. Alors qu’il voit, impuissant, son fils sombrer dans des petits trafics de drogue, il se retrouve à enquêter sur la disparition d’un adolescent. Très vite, un des voisins du garçon (Romain Duris) un professeur qui lui donnait des cours particuliers, veut l’aider dans son enquête. Mais cet empressement éveille les soupçons du policier…

Erick Zonca – cinéaste peu productif, révélé il y a vingt ans par le magnifique "La vie rêvée des anges" - tente dans "Fleuve Noir" de renouveler les clichés du film noir. Il offre des contre-emplois intéressants à Duris et Cassel (ce dernier remplaçant au pied levé un Gérard Depardieu malade à la veille du tournage) et permet à Sandrine Kiberlain de montrer, dans le rôle de la mère de l’adolescent disparu, qu’elle reste une des actrices les plus douées du cinéma français. Ce casting intéressant ne suffit pas à masquer certaines maladresses du scénario… Mais si "Fleuve noir" n’est pas réussi à 100%, il parvient, grâce à certaines séquences très fortes, à créer un climat qui tranche avec la banale médiocrité des habituels téléfilms policiers made in France.

Jean-Christophe et Winnie

Faut-il encore présenter la Forêt des rêves bleus, Bourriquet, Tigrou, Porcinet ? Ils appartiennent à l’univers de Winnie l’Ourson, cet ours en peluche qui prenait vie dans l’imagination d’un petit garçon, Jean-Christophe (Christopher Robin dans la version originale). Cet univers créé par l’écrivain Alan Alexander Milne a bien sûr été popularisé par les dessins animés des Studios Disney dès 1966, et fait aujourd’hui l’objet d’un long-métrage en prises de vues réelles, où Winnie et ses amis sont réalisés en images de synthèse (à la manière du film "Paddington").

Dans ce film, le petit Jean-Christophe a grandi, il est devenu un père de famille rescapé de la Guerre 40-45, un homme rongé par son travail et ses responsabilités, qui néglige sa petite fille et qui a perdu toute fantaisie. Mais l’irruption inopinée de Winnie dans son jardin va ranimer des souvenirs d’enfance enterrés depuis belle lurette…

Reprenant le principe du "Hook" de Spielberg – où Robin Williams incarnait un Peter Pan adulte -, "Jean-Christophe et Winnie" suit la même morale, à savoir "Ne jamais oublier l’enfant qui sommeille en nous". Cette morale rend évidemment l’issue du film un peu prévisible, mais ce n’est pas grave car l’intérêt du film est aussi esthétique : dans les décors campagnards de l’Angleterre de l’après-guerre, dans le look de Winnie et ses amis, peluches animées au look très réussi, et dans la prestation attachante d’Ewan McGregor dans le rôle de Jean-Christophe. Ouvertement nostalgique, "Jean-Christophe et Winnie", signé Marc Forster (qui avait déjà exploré avec succès un autre mythe de la littérature enfantine dans "Finding Neverland" avec Johnny Depp), dégage un charme désuet, certes, mais indéniable.

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