MR : la nuit des petits couteaux

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Putsch, coup d’état, soulèvement, pronunciamiento, insurrection, révolte, sédition, mutinerie… tous les vocables y sont passés pour tenter de cerner la crise qui secouait le MR. Il est vrai que le parti libéral semblait revenu aux plus belles heures de la " guerre des Bleus " (2009-2010), entre les clans Reynders et Michel. Pas une crise sur des choix politiques, des tendances sociétales mais une nouvelle guerre des égos, sur fond de répartition ratée de portefeuilles ministériels.

Spécialité locale

Dans le paysage politique belge, on ne connaît aucune autre formation où l’expression verbale publique peut être aussi violente et où le lendemain, ce même petit monde s’embrasse joyeusement ! Ce fut le cas en 2009, on semble revivre la même séquence.

Chez les libéraux francophones, le linge sale se lave en public. C’est atavique.

Et à nouveau, on retrouve la même confrontation entre barons. La situation était pourtant claire et connue depuis longtemps : la désignation des nouveaux ministres allait être douloureuse, le parti ayant vécu pendant six ans au-dessus de son réel poids politique.

Le président Bouchez n’avait pourtant que deux noms à choisir, la place de Sophie Wilmès étant immunisée. Et il est arrivé à mettre le feu dans son propre parti comme rarement avant lui ! Il est vrai que le parti reste loin des 8 postes (7 ministres et la présidence du Sénat) occupés. Tout cela était prévu depuis longtemps, le jeune président n’a pas su anticiper et s’est pris les pieds dans le casting, tout en humiliant une ministre.

Tollé général. Surtout chez ceux qui n’ont plus de poste en vue, pourrait-on dire. Et surtout tout un parti pris de convulsions.

Une présidence affaiblie, recadrée ou plus collective ?

En 2019, le MR s’est choisi (à 62%) un président pour son style cassant les codes ; même si on peut se demander si certains n’ont pas voté Ducarme, par rejet de Bouchez et inversement. A l’époque, tous les " barons " s’étaient ligués pour soutenir le Montois. En connaissance de cause. On retrouve les mêmes pour dénoncer aujourd’hui les défauts qui apparaissaient hier des qualités !

Bouchez a toujours fait du Bouchez. Il est quelque peu malvenu de le lui reprocher aujourd’hui.

Généralement, chez les libéraux, le leader est au gouvernement et le parti est géré par un " notaire ", discret et évitant de prendre trop d’initiatives. Michel père ou Duquesne sous Gol, Ducarme père (avec quelques couacs) ou Chastel hier. Mais ce rôle ne convient pas à la personnalité de Georges-Louis Bouchez.

La fronde interne et sa suite de vœux pieux sur le changement de management, vont-elles mettre à fin à l’hyperprésidence que Georges-Louis Bouchez a tenté de se construire ? Le principal intéressé va-t-il s’amender et constater que président d’un parti au pouvoir, ce n’est pas la même chose qu’un président en campagne ou en négociation ?

Chassez le naturel, il revient au galop…

A ce stade, quelque chose dit que le MR n’en a pas fini, et qu’il reste çà et là quelques rancœurs recuites, potentiellement dangereuses.

 

@PhWalkowiak

 

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