MR et migration: la croisée des chemins

Historiquement, le parti libéral (et ses avatars PLP, PRLW, PRL, PRL-FDF-MCC, MR) oscille chez nous entre conservatisme et humanisme, entre émancipation sociale et libre-entreprise.

Ce parti  s’est constitué par sédimentations successives, en adoptant des dénominations changeantes : de la sorte, il a assuré son expansion dans la longue durée, au prix d’une certaine hétérogénéité interne. Ensuite, en matière d’idéologie, il a fait preuve de souplesse et de pragmatisme : non seulement il a ajusté sa doctrine aux transformations de la société et aux contraintes de l’exercice du pouvoir, mais il s’est aussi accommodé de la coexistence, en ses rangs, de sensibilités différentes.

On en est là aujourd’hui : le MR doit assumer ses lignes de fractures internes et tant pis pour l’image de cohésion qu’il sied au parti du Premier Ministre.

Malaise

Une part non-négligeable des militants et des élus reste mal à l’aise dans une coalition qui les force à des discours droitiers qui mettent à mal les convictions sociales et humanistes traditionnelles du parti. Depuis le début de la législature, le MR a dû " avaler " quelques couleuvres : les relations ambiguës des nationalistes avec des nostalgiques de la collaboration, les nombreux points qui n’étaient dans son programme socio-économiques (pension à 67 ans, saut d’index, hausse de la TVA sur l’électricité) les frasques de Theo Francken, l’isolement côté francophone, etc… C’est le prix du 16, il faut assumer. Le MR a assumé, sans trop barguigner. Charles Michel est arrivé à garantir une certaine cohésion, sans vains états d’âmes. Toutefois, ce volontarisme n’est pas payant ; les sondages sur les intentions de vote placent depuis trois ans le MR systématiquement en dessous de son score de 2014. Seul baume : c’est bien pire au PS.

N-VA

Le MR doit aussi composer avec une réalité : bien que loyal, la N-VA apparaît comme le mâle dominant de la coalition fédérale et Bart De Wever est bien plus qu’un bourgmestre-président de parti.

Sur la politique de migration, le MR n’a pas d’autres choix non plus que d’assumer le " style " N-VA, de droite décomplexée, n’hésitant pas à présenter cette migration comme une menace " cosmopolite ".

Jan Jambon et Theo Francken jouissent d’une certaine popularité, mais sans que le MR, l’allié fidèle et privilégié des nationalistes (aux dires de la N-VA elle-même) n’en profite dans les sondages ; sans doute le MR reste-t-il perçu comme un parti de l’establishment là où la N-VA est un parti radical, de rupture… comme le PTB (très discret d’ailleurs sur le dossier " migration ").

La fronde francophone contre la loi sur les " visites domiciliaires " dépasse largement le clivage gauche/droite et amène les sensibilités différentes du parti à s’exprimer. Les libéraux gardent de nombreux relais dans les mondes académique ou judiciaire voire de la police ou de la franc-maçonnerie, mobilisés contre le projet.  Le MR doit à présent assumer ses dissensions. Tâche ardue pour Olivier Chastel et Charles Michel mais démocratiquement, c’est sans doute l’honneur libéral : assumer ses divergences, ce que l’on n’a pas vu au PS, lors des exclusions du chômage ou à la N-VA où les députés contestataires sont rapidement mis à la porte.

 

Le MR ne pourra faire comme si de rien n'était et voter le texte tel quel d'une part et d'autre part, on imagine mal la N-VA, aiguillonnée par le Vlaams Belang sur ce dossier, accepter des modifications sur un texte porté par le " chouchou " des sondages flamands, Theo Francken.

On prendra sans doute le temps des vérifications constitutionnelles et cela sera à Charles Michel à tenter de redonner une cohésion à sa majorité sur un dossier devenu aussi sensible qu'emblématique.

 

@PhWalkowiak

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK