Moins d'infos Covid dans nos journaux : "Enfin !"

Il y a des signes qui ne trompent pas. Quand les journaux télévisés recommencent à parler de l’analyse de la menace par l’Ocam, de l’euro de football et du concours Reine Elisabeth, c’est que l’info aussi se déconfine.


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C’était d’ailleurs une volonté de la rédaction : réduire la place faite à la crise sanitaire dans nos journaux. La faire passer sous la barre des 50%. Nous vous l’expliquions au début de l’année dans cet article, le choix était justifié par l’overdose quasi-générale – y compris dans nos équipes- et le côté "anxiogène" d’entendre parler du matin au soir de ce satané virus.

"Des choses se sont passées dans l'actu"

Aujourd’hui, force est de constater que le quota est largement atteint, dans les journaux télévisés et ceux de la radio. La semaine dernière par exemple, entre lundi et vendredi, au journal télévisé de 19 heures 30, il y a eu à peu près 37 minutes de séquences consacrées au Covid, sur 175 minutes de journal, ce qui représente en moyenne une séquence sur 4 ou sur 5. Idem en radio, dans le grand journal de 8 heures sur La Première, sept séquences sur trente-neuf ont été consacrées à la crise sanitaire. A la même heure, sur la chaîne familiale Vivacité, il y en a eu 8 sur 34. Ils ont donc occupé bien moins de place que la moitié des journaux.

"D’abord, des choses se sont passées dans l’actualité, analyse Sébastien Pierret, présentateur-éditeur de journaux à Vivacité. Parce que c’est important de rappeler que nos choix restent avant tout guidés par l’actu. L’affaire Jürgen Conings a pris les devants et d’autres questions se posent ailleurs. En parallèle, la situation sanitaire s’améliore. On n’est plus dans un pic. Il n’y a plus de raison d’être sur la balle sur tous les aspects. C’est normal que ça retombe dans nos journaux. Sans compter qu’on sent une certaine lassitude, autour de nous".

Prise de conscience

Voilà donc les raisons qui expliquent naturellement la tendance. A cela, il faut ajouter l’effort que s’est imposé la rédaction : s’ouvrir, dans la mesure du possible, à d’autres sujets d’intérêt public. Ne pas systématiquement privilégier les sujets relatifs à la crise sanitaire. Cet effort s’est organisé en deux temps. D’abord, il s’agissait d’y être simplement attentif. Ensuite, à partir du 12 avril, le comité éditorial, c'est-à-dire la réunion hebdomadaire qui rassemble les représentants de chacune de nos rédactions, a demandé aux présentateurs de grands journaux en radio et télé, et aux éditeurs web de tenir des comptes : indiquer chaque jour la part du journal consacrée à la crise du Covid. Sébastien pense que cette étape a influencé le contenu des journaux : "Le fait de devoir remplir le tableau, il y a eu une prise de conscience. Au moment de compter, on se rendait compte qu’on avait encore beaucoup diffusé 'de Covid'".

A vrai dire, c’était l’un des objectifs poursuivis par le comité éditorial. "La méthode présente deux avantages, résume Frédéric Gersdorff, notre directeur adjoint de l’information. Elle permet bien sûr d’avoir une vue précise sur la situation. Et aussi une prise de conscience des acteurs concernés au quotidien".

Moins d'un sujet sur 3

En un mois et demi, le tableau indique en effet une diminution de la couverture Covid pour l’ensemble de nos médias. Là où nous étions encore au-delà de 35% en avril (37% même la semaine de 12/04), nous sommes en mai, plutôt autour de 30% (24% même, la semaine dernière).

Plus marquant encore, c’est le changement constaté des 'unes'. Là où la semaine du 12 avril, l'épidémie faisait l'ouverture de quatre journaux sur cinq, elle n'en n'ouvrait plus que trois la semaine dernière (un sur deux la semaine précédente). Frédéric explique que cette dimension de 'mise en avant' des sujets Covid est importante, car elle contribue à l’impression de saturation.

Moins de plaintes du public

Justement, comment le public perçoit-il cette évolution des dernières semaines ? Au service médiation, la responsable Louise Monaux explique qu’elle n’a plus reçu de courriers se plaignant spécifiquement du trop-plein covid, depuis le 21 mars dernier : "De grâce, arrêtez de nous inonder d’informations sur le Covid. Non seulement c’est l’overdose absolue mais en plus ces infos qui partent dans tous les sens et qui parfois se contredisent nous embrouillent complètement. […] Svp, parlez-nous d’autre chose ! ". Un sentiment qui était d’ailleurs encore largement partagé à cette époque (février-mars 2021), comme en témoigne une étude qualitative réalisée par la RTBF sur le journal télévisé.

Le 21 avril dernier, Louise reçoit même un mail plutôt encourageant d’un téléspectateur de Franc-Waret (en région namuroise). "Je voudrais vous féliciter pour le JT de ce 21 avril. Cela fait plus d’un an, je pense, qu’on n’avait plus eu un JT 13h avec une telle variété de sujets et autant d’allant. Certes, le Covid reste présent, mais il n’envahit pas tout ! Enfin !!! Merci, vraiment". Il était temps, visiblement.

Sur les réseaux sociaux, même constat : les critiques du genre ont diminué. "Franchement aujourd’hui, on en a beaucoup moins", confirme Adrien Demet, social editor pour l’info. Malheureusement, ces retours ne disent pas grand chose sur les auditeurs/téléspectateurs/lecteurs qui auraient déserté momentanément ou définitivement les journaux de service public.


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