Mise au Point: "Le chômage, ce n'est pas le paradis sous les cocotiers!"

Dessin paru dans Mise au Point le 23/10/2011.
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Dessin paru dans Mise au Point le 23/10/2011. - © Kroll - RTBF

Depuis plusieurs semaines, certaines voix s’élèvent pour réclamer un débat sur les allocations de chômage. Un récent sondage indique par ailleurs que pour un Belge sur deux, ces allocations sont trop élevées. Le système actuel inciterait, selon ce même sondage, à abuser de cette solidarité. Gauche et droite, syndicats et patronat s’opposent, évidemment, sur le sujet.

"Quand on compare notre système aux autres systèmes européens, il y a deux choses qui sont à signaler", indique Pieter Timmermans (directeur général de la FEB). "De un, nous avons un système illimité dans le temps. De deux, nous avons des allocations d’attente, ce qui est aussi unique au monde. (…) Quand on compare notre système de manière générale, on voit qu’il faut le moderniser. C’est d’ailleurs une des recommandations de l’Europe."

Ces affirmations font évidemment bondir les représentants syndicaux présents ce dimanche midi sur le plateau de Mise au Point.

Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB, estime que les affirmations et les chiffres de la FEB sont tout simplement faux. "La dégressivité existe dans ce pays", insiste-t-il. "Quand on commence à chômer, on a quelque chose de l’ordre de 1250 à 1300 euros. Après un an, lorsqu’on est isolé, on est déjà à 900 euros. Et lorsqu’on est cohabitant, on est déjà à 750 euros. De deux, je voudrais rappeler à monsieur Timmermans que le niveau des allocations de chômage en Belgique est tel que tous les chômeurs chefs de ménage et tous les chômeurs isolés, après un an de chômage, sont en-dessous du seuil de pauvreté."

D’après le sondage publié dans le courant de la semaine, quelque 78% des Belges estiment que les allocations de chômage devraient diminuer plus fortement lorsque le chômage se prolonge. "La dégressivité, elle existe, elle est importante", répète Marie-Hélène Ska, secrétaire nationale de la CSC. "Si on va au-delà de ce qu’on fait maintenant, on ne fait que transférer les charges du budget du chômage vers le budget des CPAS et vers les minima sociaux."

"Pas de pression sur les chômeurs? C'est faux"

Le sondage révèle aussi que de nombreux Belges condamnent la possibilité de devenir "chômeur à vie".

"Contrairement à ce qui est dit dans l’étude, une particularité de la Belgique, c’est que quand vous êtes en chômage depuis plus de six mois, vous êtes tenu d’accepter n’importe quel emploi qui vous est proposé", corrige Thierry Bodson. "Venir dire qu’il n’y a pas une pression sur les chômeurs, c’est absolument faux."

Le secrétaire FGTB précise encore qu’un accompagnement personnalisé des chômeurs est prévu au niveau régional. Et glisse que "si on compare les sanctions et exclusions qu’il y a en Belgique par rapport aux pays voisins, elles sont légèrement plus élevées que ce qui se passe en Allemagne, aux Pays-Bas ou en France. On n’est pas dans un pays où c’est le laxisme qui dirige et organise le chômage."

Présente sur le plateau ce dimanche midi, Corinne Barella, chômeuse depuis maintenant trois ans, témoigne de son quotidien difficile. Ses 185 dernières recherches d’emploi sous le bras, elle prouve, à ceux qui en douteraient, que "chômeur" ne rime pas forcément avec "profiteur". "Je n’ai fait que chercher activement du travail, dans tout et n’importe quoi", explique-t-elle. "À partir du moment où on ne trouve pas, on élargit sa recherche, même à l’extérieur de la Belgique. Et tout ça pour se retrouver face à des gens qui vous disent ensuite que vous coûtez trop cher à la société." Et de s’écrier un peu plus tard : "Ce n’est pas le paradis, au chômage, on ne vit pas sous les cocotiers."

Olivier Chastel: "Des chômeurs à vie qui n'ont jamais travaillé"

Du côté politique aussi, la question divise. Ainsi, lorsqu’on lui demande si en Wallonie, on peut aujourd’hui être chômeur à vie, Olivier Chastel (MR) n’hésite pas une seconde. "En tout cas, certains le sont. Et certains le sont sans même jamais avoir travaillé." "Aujourd’hui, dans notre pays, on ne récompense pas suffisamment ceux qui travaillent", poursuit l’élu carolo, qui indique toutefois ne pas être favorable à une limitation dans le temps, comme le propose l’Open-VLD.

"La manière dont on a commencé ce débat en stigmatisant les gens comme s’ils ne foutaient rien et gagnaient de l’or en barre, c’est n’importe quoi", réagit Yvan Mayeur, député fédéral et président du CPAS bruxellois. Et s’adressant à Olivier Chastel: "Toutes ces histoires de types qui sont à vie au chômage, t’en connais un toi ? Moi je n’en connais pas un. (…) Sur les trois dernières années, 900 personnes ont été exclues du chômage à Bruxelles et renvoyées vers le CPAS. Par rapport à la fable des gens qui restent à vie au chômage, voilà la réalité."

Ministre de l’Emploi wallon, André Antoine (cdH) ne se prononce pas réellement sur cette épineuse question, se contentant de rappeler les diminutions fréquentes du chômage depuis plusieurs mois et les nouvelles offres proposées aux chômeurs et mises en place dernièrement par le gouvernement.

Le cdH veut une "allocation d'insertion"

Le ministre démocrate-humaniste souhaite "primer l’effort". "Celui qui travaille et qui accepte peut-être une condition de travail inférieure à son diplôme doit être récompensé. Le chômeur, le demandeur d’emploi qui cherche du travail, qui se forme, on ne doit pas aller le harceler. Il faut le respecter", martèle André Antoine, qui indique que "l’allocation d’attente doit devenir une allocation d’insertion. La différence, c’est l’effort de formation."

"Quand on sort des études, on a neuf mois de stage d’attente, durant lesquels on commence déjà à chercher", rappelle Zoé Genot (Ecolo). "C’est au chômage minimum. On est à 880 euros pour un isolé et dans les 300 pour un cohabitant qui réside encore chez ses parents. C’est une petite allocation chômage mais c’est un coup de pouce pour dire à ces gens : "Vous êtes dans la société, maintenant au travail !". Quand on dit qu’il faut leur offrir des formations, leur offrir un accompagnement, c’est déjà le cas. Mais malheureusement, on a eu tendance à multiplier les petites formations. (…) Il ne faut plus éparpiller les moyens dans plein de petites formations qui ne servent à rien mais il faut faire des formations qui sont véritablement qualifiantes, quitte à faire des formations d’un an ou deux."

PIAB


Olivier Maroy et Thomas Gadisseux recevaient ce dimanche midi : Thierry Bodson, secrétaire général FGTB wallonne ; Marie-Hélène Ska, secrétaire nationale CSC ; Pieter Timmermans, directeur général FEB ; André Antoine, cdH, ministre wallon de l’Emploi ; Olivier Chastel, MR, ministre fédéral ; Zoé Genot, Ecolo, députée fédérale ; Yvan Mayeur, PS, député fédéral, président du CPAS de Bruxelles ; Corine Barella, chômeuse depuis trois ans.

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