Migrants: le mal-être libéral

 

Le MR serait-il en train de perdre la bataille de l’opinion ? De la seule opinion francophone s’entend… La question semble ébranler jusqu’au sein de la formation réformatrice à propos du délicat dossier de la migration. Jusqu’ici, le mantra reste : une politique ferme et humaine qui n’est pas véritablement différente sur le fond, de celle mise en œuvre par Maggie De Block sous le gouvernement Di Rupo. La médiatisation que la N-VA et Theo Francken assurent à ce dossier a toutefois bousculé cette perception et le texte de loi sur les " visites domiciliaires " (en français, les perquisitions) cristallisent l’opposition, bien au-delà des traditionnels opposants à la politique du gouvernement Michel.

Société civile

La présidente MR du Sénat, Christine Defraigne, a fini par exprimer publiquement ce qu’un certain nombre de libéraux pensent : le projet du gouvernement n’est pas dans l’ADN des libéraux . La Liégeoise fait écho à un ressenti d’une partie des élus de son parti, mal à l’aise avec la manière dont la N-VA gère et met en exergue ce dossier où disent (hors micros) certains MR, les nationalistes doivent contenir les velléités du Vlaams Belang, qui de sondage en sondage, leur reprend des électeurs.

Si lors des diverses contestations, Charles Michel et les siens avaient beau jeu de renvoyer les contradicteurs à ses résultats économiques, aux échecs du Parti Socialiste ou à la ringardise présupposée de leurs positions, cette fois, le mouvement paraît bien plus large.

Il se focalise sur un projet précis, qui touche à une des valeurs du libéralisme historique : l’inviolabilité du domicile (art.15 de la Constitution).

Cela a également entraîné une mobilisation bien au-delà du champ politique ou syndical habituel : magistrats, avocats, académiques, associations citoyennes, artistes, policiers, médecins, dans une certaine mesure l’Eglise ou la Franc-Maçonnerie mais aussi des particuliers et de simples familles. Parmi tous ces gens, des électeurs libéraux sans doute…

Opinions publiques

Si la N-VA se met sans doute une large partie de l’opinion publique flamande de son côté, la position du MR demeure plus délicate. Ce débat sur la migration semble plus polémique au sud du pays, là où la légitimité électorale et donc démocratique du gouvernement fédéral est la moins grande. Le MR n’y pèse que 20 à 25% des intentions de vote et sans doute de l’opinion même s’il est délicat de tirer des conclusions dans ce domaine. Le PTB toujours aux premières loges des actions militantes, ne semblent toujours pas savoir où se trouve le parc Maximilien. Le PS doit assumer la politique de Maggie De Block sous le précédent gouvernement.

La société civile s’est donc structurée sur cette question migratoire, coinçant quelque peu l’humanisme libéral.

Sur le plan politique, la séquence est délicate. Bart De Wever a fait de Theo Francken un intouchable. Cela vaut donc pour le projet de loi sur les visites domiciliaires que la majorité a grande hâte de voter, quitte à le voir contester devant la Cour Constitutionnelle, mais cela permet d’assurer la survie de l’attelage fédéral et " passer à autre chose ". Le gouvernement attend également le rapport sur la manière dont les réfugiés soudanais ont été renvoyé dans leur dictature...

Il restera alors aux libéraux à reprendre leurs esprits, à retisser des liens aussi bien à l’interne qu’à l’externe.

 

@PhWalkowiak

 

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