Michel 1er: premier "clap dernière"

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

La tradition n’a donc pas été respectée.

Pour la première fois depuis qu’elle a été instaurée, en 1995, la déclaration gouvernementale a eu lieu avant la rentrée parlementaire constitutionnelle et aussi à quelques jours d’un scrutin.

Pour la première fois, cette déclaration ne suivait pas un conclave budgétaire et ne repose, à ce stade, sur aucun chiffre diffusé aux députés.

Pour la première fois aussi, dans ce contexte, deux Premiers Ministres (l’ancien et l’actuel) s’en sont pris l’un à l’autre.

La dernière de la législature aura donc été une première.

Rentrée anticipée

Officiellement, la déclaration du Premier Ministre a été avancée de 24h, pour permettre à celui-ci de représenter la Belgique au sommet de la Francophonie à Erevan. Cela a fait grincer quelques dents dans le camp des nationalistes flamands les plus pointus.

Généralement, les prédécesseurs de Charles Michel déplaçaient leur discours mais ici, l’occasion était trop belle ; les Belges vont par contre cette fois se déplacer deux fois aux urnes en sept mois. Il fallait marquer les esprits d’autant plus que Charles Michel a fait une croix sur les communales ; il mise tout sur les législatives du 26 mai prochain. A Wavre, après avoir perdu 2189 voix entre 2006 et 2012[1], il ne pouvait se permettre un nouveau recul d’autant que le MR est annoncé à la baisse dans tous les sondages.

Mais pas autant coté à la baisse que le Parti Socialiste, où dans la séquence qui s’ouvre, Elio Di Rupo lui aussi joue gros. Alors qu’il n’est pas le député le plus assidu (comme tous les présidents de parti), il a piqué la place de son chef de groupe, Ahmed Laaouej, pour se présenter frontalement face au Premier Ministre en place. On peut y voir la volonté de démontrer en interne qu’il reste le seul patron du PS et en externe, qu’il est le premier opposant au … Premier. Si Charles Michel peut se permettre de zapper les communales, Elio Di Rupo abat déjà une carte importante dimanche… à Mons et ailleurs. Est-il le plus légitime ou le meilleur parmi les siens pour emmener les socialistes au combat électoral du 26 mai 2019 ?

Citadelle assiégée

Charles Michel sait aussi que les prochains mois seront compliqués pour ses partenaires de coalition. N-VA, CD&V et Open-VLD chassent sur les mêmes terres électorales et donc encore plus rivaux après le 14 octobre, d’autant plus si Bart De Wever connaît quelques soucis à Anvers, comme semble l’indiquer certaines enquêtes d’opinion.

A la Chambre, on a vu un chef de gouvernement sur la défensive, pour le dernier exercice du genre de sa législature ; en mode bilan et calendrier des derniers mois bien plus que perspectives. Charles Michel se présente aussi en victime de fake news, ce qui n’est jamais que la contradiction classique en démocratie.

Plus généralement, Charles Michel et les siens se sentent bien seuls face à l’opinion publique francophone. Le Premier Ministre constate que son message percole en Flandre, même si la presse du nord a souvent été très critique sur sa manière de gouverner. Mais face à l’opinion, cela se passe moins bien au sud. Ce n’est sans doute que la conséquence logique des choix de 2014 quand, pour la première fois, il a fait le choix d’un gouvernement fédéral où les Francophones se trouvaient largement sous-représentés[2]. C’est à cet électorat-là qu’il doit rendre compte… et comme 75% de celui-ci n’avait pas soutenu le MR en 2014, les explications risquent d’être difficile.

 

@PhWalkowiak

 

 

[1] 4983 voix en 2012 pour 7172 en 2006.

 

[2] En 2014, le MR, seul parti francophone du gouvernement fédéral, recueillait 21,9% des suffrages des Bruxellois et 25,8% des Wallons.

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