Mettre le PS dehors? Chouette! Et après?

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

S’il ne trébuche pas sur la dernière marche de son installation, un nouveau gouvernement wallon s’installera sous peu à Namur. Pour faire quoi, en définitive ?

Un programme sans rupture ou presque

Les problèmes de gouvernance ont amené Benoît Lutgen à mettre fin à ses alliances avec le PS, sans prendre le risque toutefois de faire démissionner ses ministres.

Mais vouloir passer d’une Wallonie de l’assistanat à une Wallonie plus ambitieuse quand le PSC/cdH a gouverné 29 des 36 années de la région avec les socialistes, c’est un peu tordre le bras dans le dos de l’histoire institutionnelle. Mais un revirement politique vaut bien cet accommodement avec la réalité des faits.

Immanquablement, la "bonne gouvernance" se retrouve au premier rang des priorités de la putative future coalition wallonne. Sans aller jusqu’à rencontrer les exigences d’Ecolo ou DéFI (décumul intégral, intégration des revenus privés dans le calcul des rémunérations, etc…), MR et cdH veulent marquer le coup à un point tel qu’ils auront besoin du soutien du PS (majorité des 2/3 oblige) pour faire passer les mesures les plus importantes. Une manière de tester au passage la réelle volonté socialiste de changement sur ces sujets. L’air du temps.

Sur le plan fiscal, la réforme annoncée reste très peu précise et passer à la trappe 200 postes d’administrateurs ne suffira pas à compenser dès 2018, la suppression de la redevance radio-télé.

Plus ambitieux : l’abrogation du diesel pour 2030. Comment y arriver ? Comment gérer ces camions polluants qui traversent la Wallonie chaque jour ? Mystère…

Comme pour chaque gouvernement, on jugera sur pièce mais celui qui vient n’a qu’une année pratique avant d’être sclérosé par la campagne électorale des communales où dernière cocasserie de l’heure, Willy Borsus et René Collin rivaliseront pour décrocher le mayorat de Marche-en-Famenne !

Casting confort

Pour mener cette action, Olivier Chastel et Benoît Lutgen n’ont pas pris de risque. Les libéraux et Alda Greoli remplacent pratiquement poste pour poste leurs prédécesseurs. Le cdH reste dans ses pantoufles et la distribution des portefeuilles fait la part belle à l’expérience. A 48 ans, Pierre-Yves Jeholet est le benjamin de l’équipe. C’est dire. Mais sans doute, avec une fin de législature qui s’annonce aussi brève que troublée, il fallait jouer la sécurité, sachant que la coalition ne tient qu’à un siège, qu’elle sera en permanence sur le fil du rasoir et des humeurs de certains parlementaires.

Légitimité

C’est en effet tout le problème de cette Orange Bleue wallonne : que représente-elle ? Trois ans après le scrutin, il est difficile de la présenter comme issue de la volonté des citoyens-électeurs wallons. Les dernières enquêtes d’opinion démontrent qu’elle représenterait au mieux un gros tiers des souhaits politiques au sud du pays.

Le futur gouvernement wallon a été engendré par les révélations tournant autour du Samusocial bruxellois et de la volonté des nouveaux partenaires de tourner la page du socialisme en francophonie. Si cette aspiration peut être fondée, elle n’en fait pas pour autant des programmes de gouvernement.

Déjà le gouvernement fédéral ne disposait pas d’une légitimité démocratique en Wallonie et à Bruxelles. Quelle est celle de la nouvelle équipe mais aussi de ce qui reste des gouvernements bruxellois et de la Communauté Française ® ?

Sur ce point, les derniers épisodes de la crise politique francophone ne répondent pas véritablement aux aspirations légitimes d’une large part de la population du sud du pays.

@PhWalkowiak

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